Collectif Soutenons Le Mur

Archive Collectif Le Mur – Psychanalyse à l'épreuve de l'autisme – Sophie Robert

Voici le compte-rendu fait par Yann Kindo de la projection publique du film ‘Le Mur’ en présence de Sophie Robert, le 14/12/2011 à Privas à l’initiative de l’AFIS 07.

Ce billet a été initialement publié le 16 décembre 2011 sur AutismeEnFrance:

Compte Rendu par Yann Kindo

 

Nous avons compté 63 personnes présentes, ce qui est vraiment énorme pour un endroit comme Privas.

Il me semble qu’on pouvait distinguer trois catégories dans le public :

 

  • des familles d’enfants autistes, notamment autour d’une association locale, Acabadom. Cela a été pour nous l’occasion de rencontrer Coralie et Anneke, qui sont intervenues dans le débat, et
    dont on voyait bien, aux visages approbateurs dans la salle, que leur parole « représentait » celle des autres parents peut-être moins à l’aise à l’oral. Du coup, c’est la première fois que
    je voyais des larmes couler pendant une conférence scientifique que j’animais.

 

  • des acteurs du secteur médico-social local, entre autres, si j’ai bien compris, de l’hôpital de jour de Privas, mais aussi des éducateurs travaillant dans d’autres structures, ainsi qu’une
    quinzaine d’étudiantes de l’école de moniteurs-éducateurs de Privas, incitées à venir par un de leurs enseignants, et très studieuses (elles prenaient des notes, il doit y avoir une interro
    dans l’air !)

 

  • le public plus habituel de ce genre de conférences, de type « classes moyennes intellectuelles de gauche »


Deux journaux sont venus couvrir l’événement : le Dauphiné Libéré et l’hebdo ardéchois La Tribune.

Les parents avaient sans doute joué un rôle de relais pour la promotion de la soirée : ils ont appelé le Dauphiné pour dire qu’ils seront présents et qu’il fallait couvrir l’événement,
et j’ai retrouvé ce matin chez ma marchande de jeux un flyer que je n’avais pas laissé : elle m’a dit que quelqu’un en avait apporté plusieurs la veille et que des clients en avaient pris.


Nous avons récolté 81 euros pour financer la soirée, dont 44 de vente de numéros anciens de la revue (à un euro pièce). Un seul regret : nous n’avions pas en stock le numéro de « Sciences et
pseudo-sciences » spécial psyK, c’est vraiment trop con !!!! Il faut penser à commander en grand nombre pas seulement les invendus des vieux numéros, mais aussi des exemplaires des numéros les
plus récents.

La soirée a duré de 20h15 à 22h45. Nous avons d’abord projeté en introduction les 10 premières minutes du document de bonus du DVD, à savoir une présentation par une neurobiologiste de l’INSERM
de ses travaux et des connaissances scientifiques actuelles sur l’autisme. Nous avons projeté ensuite « Le Mur » (52 mn), puis Sophie Robert a introduit le débat à partir du procès qui lui est
intenté par trois lacaniens présents dans le film.


Je ne vais pas résumer tout le débat, voici mes impressions sur ce qui m’a semblé significatif :

La première intervention a été faite par l’association de familles d’enfants autistes pour dire à quel point ce film et sa projection locale étaient un soulagement pour elles, permettant de
médiatiser un combat qu’elles mènent depuis des années. Toute la soirée, les parents ont été très virulents à l’égard de la psychanalyse et soutenaient le développement des méthodes
comportementales. C’était à la fois affectif, du fait de ce que les familles subissent à cause du pouvoir des psychanalystes, dont les présupposés sur la toxicité des mères poussent à éloigner
les enfants de leur famille (Sophie Robert a aussi témoigné de tous les courriers qu’elle reçoit depuis des semaines allant dans ce sens), mais aussi, j’y reviendrai, c’était très argumenté, et
les associations de familles développent un discours « expert »

La plupart des autres interventions venaient des professionnels. Quelques-uns essayaient de relativiser la portée du film : « on ne voit que 10 psyK interviewés dans le film, les autres disent
sans doute des trucs mieux » ; « la psychanalyse m’a sauvé la vie » ; « plutôt que de détruire la psychanalyse il faut l’adapter au progrès de la neurobiologie, qui d’ailleurs confirment les
postulats de la psychanalyse »… L’intervenant qui a sorti ce dernier argument n’a pas aimé la réponse de Sophie Robert, qui a détruit l’exemple qu’il avait pris – la théorie de l’attachement-
en montrant que c’était un contresens, et il est alors sorti (ses collègues de l’hôpital de jour son restés).


On a senti un grand malaise dans une bonne partie de la salle, du côté des professionnels du secteur, ou du côté des gens éduqués dans le bain intellectuel de la psychanalyse. Plusieurs disaient
qu’il étaient très choqués par ce qu’ils venaient de voir, et qu’ils allaient devoir digérer ça. Personne n’a récité le discours lacanien sur « le comportementalisme c’est du dressage au service
de l’ordre néolibéral alors que la psychanalyse c’est la défense de la liberté du sujet » [il n’ y aura bientôt plus que dans l’Huma et dans la revue Contretemps que l’on pourra
encore lire ce genre d’âneries et que l’on verra expliquer que le bilan de la psychanalyse est globalement positif]. On sentait du côté des professionnels une vraie gêne face au parents, en leur
disant que « si, si, sans abandonner la méthode analytique, on s’y met, aux méthodes comportementales, on essaie de s’y former, mais les moyens manquent, etc. ». Sophie Robert et les parents ont
expliqué que beaucoup d’institut affichaient une façade comportementaliste, parce qu’une loi de 2005 les obligeaient à développer ce type de méthodes, mais qu’en réalité c’est du saupoudrage
contraint et forcé, et que la pratique restait essentiellement analytique, alors que les méthodes actives nécessitent une cohérence, un personnel en nombre et une pratique intense. L’inertie dans
des équipes formées par les psychanalystes fait que des éducateurs voulant se former aux méthodes comportementales et les développer peuvent se retrouver en difficulté professionnelle (ce que
confirmait une participante, qui avait l’impression de prendre des risques par rapport à son entourage professionnel en disant qu’elle voulait développer les méthodes comportementales. Elle a
confié ensuite à Sophie Robert que sur la base de l’affiche, ses collègues lui avaient conseillé de venir voir le film en croyant que Freud et Lacan y seraient mis en valeur.).

Dans l’ensemble, j’ai vraiment eu l’impression ( je prend peut-être mes désirs pour des réalités, mais je crois pas) que le freudisme en avait vraiment pris un coup pendant cette soirée, et qu’on
a assisté en direct à des débuts de déconversions.

Je suis intervenu vraiment une seule fois dans le débat, pour donner un point de vue plus marqué « AFIS », en passant rapidement sur le caractère pseudoscientifique de la psychanalyse et en
insistant sur la nocivité du combat qu’elle mène contre la science, à partir de l’exemple du retrait de l’étude de l’INSERM sur les psychothérapies sous la pression du lobby freudien.


Je voudrais conclure sur ce qui ma plus marqué sur un plan personnel et intellectuel, Traditionnellement, à l’AFIS, nous sommes très méfiants vis-à-vis des ONG scientifiques et de l’ « expertise
citoyenne» , en défendant le service public de l’expertise scientifique, et plus généralement des expertises étiquetées « académiques » ou « institutionnelles ». Par exemple, sur la question des
ondes électro-magnétiques, nous sommes très critiques vis à vis de la mobilisation « citoyenne » de Robin des Toits and co, en les caractérisant (à juste titre) comme obscurantistes et
antiscientifiques.

Pourtant, sur la question de la psychanalyse, les choses sont très différentes. On voyait bien hier soir à quel point l’institution est encore marquée par une théorie obscurantiste et
antiscientifique, et que ce sont les associations d’ « usagers » (ici les parents) qui réclament plus de science. Dans le débat les parents m’apparaissaient plus « experts que les professionnels,
qui étaient largement sur la défensive et incapables de ou peu enclins à défendre la pratique à laquelle ils avaient été formés. Une fois n’est pas coutume, ce sont les associations «
indépendantes » qui défendent le progrès… en l’occurrence celui de leurs enfants face à une thérapie qui a explicitement renoncé à toute idée de progrès.


Aussi, pour une fois, je me suis senti en phase avec des associations réclamant un moratoire : celui sur l’usage de la psychanalyse pour prendre en charge l’autisme.

 

Yann

admin On décembre - 16 - 2011

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