Collectif Soutenons Le Mur

Archive Collectif Le Mur – Psychanalyse à l'épreuve de l'autisme – Sophie Robert

Nous relayons la réponse de Sophie Robert, réalisatrice du film LE MUR, ou la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme, aux psychanalystes et notamment aux attaques menées contre sa probité et son travail. L’intégralité du document est à retrouver sur son site internet ici

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Lettre Introductive

Le genre documentaire en danger: Réponse aux psychanalystes
Sophie Robert, réalisatrice du film LE MUR, ou la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme

Depuis plusieurs semaines, et suite à la diffusion sur internet de mon film LE MUR OU LA PSYCHANALYSE A L’EPREUVE DE L’AUTISME visible sur le site de l’association Autistes Sans Frontières, et dont je fais une présentation ici, je fais l’objet d’attaques personnelles, d’accusations graves et autres tentatives de dénigrement: « Tromperies », « manipulations », « pure escroquerie », autant d’atteintes à l’honnêteté de mon travail et partant, à mon honneur et à ma probité, puisque c’est mon éthique personnelle de réalisatrice qui est ainsi mise en cause par voie de diffusion au public sur France culture et sur internet.

Pour faire bonne mesure, trois des psychanalystes interviewés, membres de l’Ecole de la Cause Freudienne (Esthela Solano, Alexandre Stevens et Eric Laurent) ont également attaqué l’association Autistes Sans Frontières et moi-même en tant que réalisatrice du film et gérante de la société Océan Invisible Productions, en vue de faire interdire sa diffusion et de nous réclamer des dommages et intérêts faramineux: 290 000 euros, assortis de 15 000 euros par jour d’astreinte à dater de la censure éventuelle du film.

Ces psychanalystes ont préféré attaquer ma probité et faire croire à une manipulation pour chercher à censurer, plutôt que de répondre sur le fond aux questions soulevées par ce film: à savoir les théories et la pratique analytique dans le champ de l’autisme.

Je vais leur répondre dans le détail, mais il me faut avant tout faire une mise au point sur le métier de réalisateur de documentaire, dont les adversaires du film Le Mur n’ont visiblement pas une bonne définition et dont ils contestent la nature même.

Si le genre documentaire laisse une grande part à la créativité du réalisateur, il s’appuie avant tout sur le réel. Le documentaire a vocation à montrer la réalité sous un certain éclairage que le documentariste choisi. Mais le fait de montrer le réel sous un certain regard n’a rien à voir avec le fait de le dénaturer, le modifier à l’insu du spectateur. Une telle démarche de tromperie est en effet condamnable et ne relève pas du genre documentaire. Elle est en outre incompatible avec la démarche et l’esprit du documentariste.

Or je suis précisément accusée d’avoir « falsifié » la réalité, en l’occurrence le propos des personnes interviewées. Or je confirme et je démontre que je n’ai pas dénaturé les propos des personnes interviewées dans le film, dont j’ai fidèlement respecté la teneur. En fait, les accusateurs confondent le fait de montrer le réel sous un angle choisi par le réalisateur et dénaturer, transformer celui-ci. En cela, les accusations portées à mon encontre le sont à l’encontre de toute une profession.

Par opposition à la fiction, où tout est fabriqué, le documentaire filme la vraie vie des gens, pas des comédiens qui jouent un rôle. La valeur documentaire d’un film repose justement sur la capacité du réalisateur à traduire ce réel, à être au plus près de la vérité, pour ensuite la transmettre (artistiquement si possible) au plus grand nombre.

Traduire la réalité répond au souci d’informer le spectateur de l’œuvre, collecter de l’information en vue de sa diffusion au public, c’est en cela que réaliser un documentaire rejoint le métier de journaliste tel que l’entend le Conseil de l’Europe, institution responsable de la Cour européenne des droits de l’homme.

Sur le plan de l’éthique du documentaire, ce travail ne consiste donc pas à faire une hagiographie béate des personnes interviewées mais à tâcher d’être au plus près de ce qu’elles sont vraiment, de la manière dont elles pensent, dont elles éprouvent leur message, en gardant à l’esprit le décalage toujours possible entre une partie du discours et une autre partie du discours, ou entre le discours et la réalité de leurs actes. La vérité du sujet est aussi importante pour les documentaristes que pour les psychanalystes.

À travers leurs témoignages dans le document de la CIPPA, messieurs Laurent Danon-Boileau, Bernard Golse, Pierre Delion et madame Christine Loisel-Buet, mais aussi madame Caroline Eliacheff, chroniqueuse sur France Culture, et monsieur Aldo Naouri, suite à la publication de mails privés sur son site Internet, ainsi que madame Esthela Solano et messieurs Alexandre Stevens et Eric Laurent qui m’attaquent en justice, révèlent qu’il n’ont visiblement pas la même définition du film documentaire que ce que l’on entend habituellement en démocratie, puisqu’ils qualifient de dénaturation et tromperie tout travail de montage d’un film documentaire.

C’est donc bien l’ensemble du genre documentaire qui est visé par ces attaques, et c’est bien ce genre d’expression, mais aussi d’information au public dont l’existence est dangereusement contestée en justice.

Je renvoie le lecteur aux réponses individualisées dans ce même texte. Enfin, et puisque cela relève aussi de ma défense, je fournis ici un décryptage de l’argumentation de la CIPPA. Cette association de psychanalystes laisse en effet entendre qu’il existerait une nouvelle psychanalyse dans le champ de l’autisme, éclairée, ouverte aux neurosciences et aux traitements élaborés et pratiqués dans le reste du monde depuis de longues années; une psychanalyse moderne, ouverte sur le monde, en opposition à une psychanalyse gardienne du temple et désuète.

C’est ce que j’ai longtemps cru. Mais la réalisation de près de 60 heures d’interviews de psychanalystes m’a permis de réaliser qu’il n’en était absolument rien.

Dans le meilleur des cas, la CIPPA s’illusionne sur elle-même, et dans le pire des cas, elle cherche à habiller la prise en charge psychanalytique de l’autisme dans un atour marketing destiné à la sauver aux yeux des autorités et de l’opinion publique.

Le gouvernement vient d’accorder le label Grande Cause Nationale 2012 au collectif d’associations « Rassemblement pour l’autisme ». Toutes m’ont exprimé leur soutien, parce que les propos qui sont tenus dans LE MUR corroborent leur vécu et qu’ils souhaitent que cela cesse. L’association AUTISTES SANS FRONTIERES qui est poursuivie en justice avec moi, est un des leaders de ce mouvement. La plus importante des associations françaises dédiées à l’autisme, AUTISME FRANCE dénonce depuis plus de vingt ans les conséquences sanitaires catastrophiques de la prise en charge psychanalytique de l’autisme.

Alors mesdames messieurs les psychanalystes, vous êtes maintenant face à un choix: me poursuivre en justice comme vos trois collègues de l’Ecole de la Cause Freudienne, ou bien assumer enfin vos propos, vos pensées et vos actes.

Sophie ROBERT
Lille, le 21 décembre 2011

Note : L’intégralité du document est à retrouver sur son site internet ici

admin On décembre - 21 - 2011

6 Responses so far.

  1. Jacques dit :

    Apparemment il y aurait montage. « Donnez-moi dix lignes d’un homme et je me charge de le faire pendre » Talleyrand.
    Que le montage soit tendancieux ou pas, le débat gagnerait en clarté si les interviews et entretiens étaient publiés et mis en ligne dans leur intégralité. Ce serait une formidable documentation et une importante source de savoir, au lieu d’un documentaire résultant forcément d’un tronçonnage, quelle qu’en soit l’intention.
    Exemple, pris ailleurs, des vertus du montage: la question « Tu en veux encore? » et la réponse qui y est faite auront un sens tout à fait différent selon que le contexte en était un passage à tabac ou la dégustation d’un dessert. Si on est privé du contexte, ou plutôt si une habile manipulation fait apparaitre un autre contexte que le contexte réel, un amateur de baba au rhum passera pour un masochiste invétéré.
    En l’absence d’une livraison des sources dans leur intégralité, ledit documentaire est inévitablement suspect de partialité, pour le moins.

    • Olivier Bousquet dit :

      Cher Jacques,

      Au nom de quel principe, un auteur devrait-il se justifier d’avoir choisi telle ou telle parole prononcée sur la place publique ?
      N’est ce pas là le début d’un contrôle des sources et des propos par leurs auteurs, le début de la propagande et la fin de l’information en démocratie ?

      Comment ces propos pourraient-ils si subtils alors même que leurs auteurs savaient que ces propos seraient destinés au grand public ?
      Et pourquoi nécessiteraient-ils une mise en contexte élargie alors qu’ils conservent un sens commun et un impact réel quelque soit le contexte ?

      Nous croyons dans la liberté d’expression et l’intégrité de l’œuvre.
      Tout n’a pas à être déballé sur la place publique.

      La justice seule doit trancher ce litige : Un documentaire peut paraître suspect à tout spectateur qui découvre une réalité qui le déstabilise ou ne lui convient pas.

      En attendant, la présomption d’innocence permet la continuité de l’information au public.

  2. Jacques dit :

    Le fait de se mettre à l’abri de la profession toute entière de pratique du genre documentaire est une défense un peu hasardeuse, et il se trouve sans doute nombre de réalisateurs n’appréciant pas d’être ainsi recrutés.
    Oui le documentaire est un genre. Et alors? En quoi le fait que les rôles ne sont pas joués par des acteurs garantit-il que les propos tenus ne sont pas manipulés? Je suis certes partial, Madame Robert, mais votre argumentation de défense me semble épistémologiquement bien faible (litote).

  3. Coline dit :

    Monsieur Jacques, vous ne répondez à strictement aucune des objections de cette dame. Les avez-vous lues? Non, je ne le pense pas. Je crois qu’elles sont très dérangeantes en effet…

  4. Coline dit :

    Mais surtout, si l’on prend Delion par exemple, même sans les coupes il n’y a aucun doute sur le fond de sa pensée. Les coupes n’ont pas changé la portée du propos, bien au contraire.

    Tiens voici ce que Monsieur Delion répondait à Michel Onfray :

    « Parce que je suis pédopsychiatre, j’ajoute que la pensée freudienne, approfondie par ses élèves, Melanie Klein, Anna Freud, et beaucoupd’autres en ce qui concerne les enfants, est ce qui permet de faire pièce aux seules prescriptions médicamenteuses et autres pratiques éducativo-comportementales qui sont aujourd’hui devenues la tendance dominante des pratiques pédopsychiatriques.  »

    Comme ça, sorti d’un chapeau, sans aucune recherche de preuve : c’est vrai parce qu’il le dit. (NB : ramener Klein en 2011, c’est fort ça)

    http://blogs.mediapart.fr/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/220410/reponse-michel-onfray-par-pierre-delion

    Que ce dernier vienne ensuite faire croire qu’il n’a jamais rien pensé de la sorte, on rêve : nous prendrait-il pour des idiots?

  5. Nathalie R dit :

    Je pense que pour ces psychanalystes le disque dur a surchauffé et qu’il n’y a plus d’espace disponible pour des mises à jour ! voilà ce qui arrive lorsque l’on vit à circuit fermé dans des préceptes dépassés et dans un univers tellement fermé que seuls les initiés de telles méthodes peuvent trouver grâce à leurs yeux ! S’ils restent entre eux ça ne me dérange pas… s’ils trouvent des adeptes prêts à leur verser des millions (dommage de constater un tel gaspillage, mais je n’ai pas à porter un jugement sur la question) ou à se faire tripoter le cerveau con-sciemment, ça les regarde…mais de là à autoriser leur présence dans des domaines où leur présence est perçue comme un cheveu sur la soupe ou comme du ketchup sur du foie gras…d’autant que l’on n’a jamais demandé à les trouver sur notre route…là c’est tout à fait déplacé !

    Le souci c’est que la plupart des personnes non concernées par l’autisme ou même le handicap et la différence en général, pensent que nous allons délibérément trouver ces psychanalystes dans leurs cabinets et pensent qu’il nous suffit de les contourner…ils n’imaginent pas à quel point la psychanalyse « tape l’incruste » dans bien des domaines où on n’imaginerait pas la trouver !

    Sophie Robert a fait un travail remarquable de mise en lumière ! Elle a révélé le narcissisme de ces pseudo intellectuels qui n’ont pas réalisé qu’ils confiaient leurs propos à une initiée qui n’allait pas se contenter de brosser dans le sens du poil…mais de montrer à ceux qui ne sont pas initiés ce qu’est la psychanalyse encore aujourd’hui !

    Pourquoi les autres psychanalystes n’ont pas porté plainte ?

    Il faut être bien narcissique et totalement écervelé pour faire un procès à Sophie Robert alors qu’elle a le soutien de milliers de gens qui savent que les propos n’ont pas été détournés !

    Pourquoi un tel acharnement contre Sophie Robert ? C’est la peur qui motive cette action des 3 psychanalystes…! Le ridicule ne vient pas du montage mais des propos et des personnes elles mêmes qui se sont fait piégées par leur orgueil démesuré !

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