Collectif Soutenons Le Mur

Archive Collectif Le Mur – Psychanalyse à l'épreuve de l'autisme – Sophie Robert

L’émission « Allo Docteurs » de France 5 du 10 janvier avait pour sujet la prise en charge de l’autisme en France. Étaient invités :

  • Professeur Catherine Barthélémy, pédopsychiatre, chercheuse à l’Université de Tour et chef de service et praticienne au CHU de Tours
  • Vincent Gerhards, Président du Collectif Autisme et père d’une jeune fille autiste non-verbale de 15 ans

Signes précoces

Le Professeur Barthélémy a rappelé que les signes avant-coureurs sont détectables dès les premières semaines, voir dès les premiers mois de vie. Elle note qu’il existe souvent un retard à la première consultation médicale notamment « quand les couples sont un peu isolés ».

Elle a rappelé : « à 18 mois, on peut dire que le fait que l’enfant n’ai pas le pointage, ne montre pas du doigt, qu’il ne se retourne pas spontanément quand on l’appelle, qu’il n’ait pas envie de jouer avec quelqu’un d’autre, ne joue pas à faire semblant […], ce sont des signes d’alerte très important parce qu’il est du devoir des médecins et des professionnels de santé d’orienter la famille vers une consultation spécialisée de deuxième ligne ».

Prise en charge en hôpital de jour

Vincent Gerhards, a rappelé que trop souvent, comme, dans son cas, la prise en charge initiale était tardive et institutionnelle. De plus, il raconte avoir fait l’expérience d’ « un hôpital de jour où les parents de toute évidence n’avaient pas leur place ».

Marina Carrère d’Encausse lance alors un reportage d’un hôpital de jour, « pas n’importe quel hôpital de jour puisque c’est le centre dans lequel travail le professeur Barthélémy» dit elle gênée.

Ce reportage porte sur le groupe des poppies, un groupe d’autistes âgés de 3 à 6 ans, « pris en charge quelques demi-journées par semaine ». Ainsi, Agathe est-elle prise en charge quatre demi-journées par semaine. On nous montre une séance avec la psychomotricienne où dit elle qu’il s’agit d’ « explorer de nouvelles sensations ». L’objectif est d’ « apporter un temps de groupe ». Agathe bénéficie également de « soins personnalisés » et d’une « thérapie d’échange et de développement » (avec un exemple de mobilisation de l’attention à l’aide de bulles de savon).

Le Professeur Barthélémy explique alors que dans son service la politique est une politique de la porte ouverte en collaboration avec les parents et de bâtir ensemble le projet de l’enfant. Selon elle, « c’est sur que les temps changent mais il existe encore une certaine frilosité pour faire entrer les parents et collaborer dès les premiers instants de ce projet avec les professionnels ».

Incompétence de certains professionnels

Michel Cymes interroge alors Vincent Gerhards sur son expérience avec une « psy » qui leur avait demandé d’être plus sévères. Vincent Gerhards parle alors de cette « psychanalyste pour enfant ». Il estime qu’elle les a poussé dans une situation qu’il décrit ainsi : « on n’était pas de la maltraitance mais on n’en n’était pas loin ».

Michel Cymes demande alors comment c’est possible de passer à coté de diagnostic et d’imposer une « sévérité qui va à l’encontre de tout ce que l’on sait aujourd’hui ». Il pose alors la question en termes d’ « incompétence ».

Le professeur Barthélémy explique alors que l’enseignement en faculté de médecine est très nettement insuffisant avec seulement une ou deux heures consacrées à l’autisme sur l’ensemble du cursus. Elle estime qu’ « il y a 10 ans, les équipes étaient beaucoup moins compétentes » et que désormais les Centres de Ressources pour l’Autisme sont mis en place pour diagnostiquer et pour former les autres personnels de santé et de l’éducation.

Les guerres entre les méthodes

Le professeur Barthélémy estime que l’analyse du comportement est très important pour détecter et contrôler les « émergences ». Néanmoins, elle critique le fait que « certains spécialistes se concentrent exclusivement sur le comportement alors qu’on sait très bien que le trouble, la pathologie du développement qui caractérise l’autisme, qui le définit, altère des fonctions […] correspondent à des circuits cérébraux et ces fonctions elles vont avoir pour conséquence des comportements adaptés ou moins adaptés, donc c’est l’exercice des fonctions plus que celui du comportement ».

Vincent Gerhards, rappelle au contraire, que le Québec a fait le choix gouvernemental de généraliser l’ABA avant 6 ans et qu’il faut généraliser ces stratégies en France qui n’existent que dans 23 structures.

Second reportage : La recherche intégrée à l’hôpital de jour

La première partie du reportage montre Jean-Claude, un enfant autiste, en train de passer un électro-encéphalogramme dans le cadre un protocole expérimental sur la perception sensorielle. Les chercheurs montrent alors qu’une étude indique une réponse atypique de l’aire auditive temporale des autistes, en charge de traiter la voix humaine.

La seconde partie est consacrée à un exercice de « eye tracking » où le regard de l’enfant porté sur un visage est enregistré. Il montre une exploration plus éclatée du visage chez l’enfant autiste tandis que, chez l’enfant normal, elle se concentre sur le centre du visage et notamment sur les yeux.
Le reportage vante l’intérêt de coupler la pédopsychiatrie et la recherche au sein d’une même structure afin que l’enfant puisse participer aux deux au cours d’une même journée.

Les revendications – la Grande Cause Nationale 2012

Vincent Gerhards explique que tous les jours des parents sont en difficultés pour avoir accès à des professionnels notamment dans « les petits villages et les petites villes ». S’il estime que l’ « on a avancé depuis 10 ans », il remarque cependant qu’il a « trop peu de diagnostiques fiables et de prises en charge correctes ».

Il observe le fait que les financements ne sont pas à l’ordre du jour mais espère que la Grande Cause Nationale pourra donner « un gros coup de projecteur sur l’autisme » et qu’il faudrait déjà que les politiques arrêtent de se traiter d’autiste.

Voir la vidéo sur le site de France 5

Commentaire

Bravo à Vincent Gerhards pour son interview. Il est toujours douloureux pour un parent d’évoquer en direct sa situation. En plus, il a réussi à expliquer simplement certaines des difficultés de la prise en charge de l’autisme en France.

En revanche, le professeur Barthélémy continue à défendre à demi-mot une vision neuro-psychanalytique, en occultant volontairement le fait que les thérapies comportementales ont pour support les mécanismes cognitifs et que d’ailleurs ont parle de thérapie cognitivo-comportementales (TCC). Elle poursuit donc sur la lancée du Téléphone Sonne sur France Inter,

Plus généralement, on peut être effaré de voir un centre, considéré comme « centre d’excellence », pratiquer une « découverte de sensations » au lieu d’éduquer les enfants. Ne doit-on pas s’inquiéter pour le reste de la France?

On est en droit de se poser des questions légitimes sur les compétences des médecins généralistes quand on sait qu’ils ne reçoivent que 1 à 2 heures de formation sur l’autisme dans leur cursus.

A la question de l’émission, nous répondrons donc « très nettement insuffisante ».

admin On janvier - 10 - 2012

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