Collectif Soutenons Le Mur

Archive Collectif Le Mur – Psychanalyse à l'épreuve de l'autisme – Sophie Robert

par David Heurtevent, Asperger, MA Georgetown


« 
De tous ceux qui n’ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent. »

Coluche

Écouter France Culture est un supplice. Les intellectuels naphtalinés germano-pratins nous offrent des séances quotidiennes de masturbation verbale financées par le contribuable. Dès lors, il n’est point surprenant que France Culture soit le principal relais médiatique de la psychanalyse, puisque les mécanismes pseudo-humanistes, franchouillards, verbeux et financiers sont du même ordre.

L’émission « La Grande Table », le magazine de la mi-journée sur France Culture, animé par Caroline Boué, du 10 février 2012 a été un summum de mensonge et de condescendance, au point que nous pouvons nous poser la question : France Culture manipule-t-elle l’opinion en faveur de la psychanalyse ?

 

Rappel des antécédents sur France Culture

Il convient d’abord de rappeler les épisodes précédents :

Le 7 décembre 2011, la psychanalyste Caroline Elachieff y qualifiait, dans sa chronique hebdomadaire, le travail de Sophie Robert « d’abus de confiance », qualification pénale, alors même que la procédure des psychanalystes est une procédure civile et que l’audience n’avait pas encore eu lieu.

Le 14 janvier 2012, l’émission « Le Grain à Moudre » n’invitait que des partisans de l’institutionnalisation des enfants et deux psychanalystes face au partisan associatif le plus tiède sur la question du débat entre psychanalyse et comportementalisme.

Cette fois-ci l’accusation est beaucoup plus grave. L’écoute de l’émission, outre un choix partisan des invités (tous proches de la psychanalyse ou ayant des conflit d’intérêts avec ce mouvement), un certain nombre de propos mensonger.

Nous proposons au lecteur de réécouter en préambule la version audio de l’émission afin qu’il se fasse sa propre opinion. La liste des invités est également consultable sur le site de l’émission « La Grande Table »

 

Les mensonges de Catherine Clément

Catherine Clément, Philosophe et écrivaine, fondatrice et directrice de l’université populaire du Musée du Quai Branly (depuis 2003) et productrice sur France Culture de l’émission « Cultures de soi, cultures des autres » était la première chroniqueuse de la Grande Table.

Après avoir annoncé qu’ « Elibabeth Rodinesco a fait aussi également un excellent article dans le Huffington Post » (03:32), elle se lance dans une attaque de la proposition de loi de Daniel Fasquelle et évoque une « lettre ouverte de remontrance » d’Edwige Antier, psychanalyse et députée UMP, « pas piquée des hannetons ». Elle s’exclame par exemple : « Un député se croit autorisé à légiférer sur les thérapeutiques comme si les lois mémorielles légiférant sur l’histoire des peuples ne suffisaient pas. Là, on est vraiment dans le délire. » (08:39).

 

Plus grave, Catherine Clément ment ou manipule à plusieurs reprises :

 

Catherine Clément manipule l’opinion concernant le documentaire « Le Mur »

Elle annonce que « la  documentariste Sophie Robert, auteur du film « Le Mur » [...] a été lourdement condamnée pour atteinte à l’image et à la réputation de trois psychanalystes lacaniens qui avaient porté plainte » (04:24).

A nouveau, France Culture fait croire que la procédure est pénale, alors que celle-ci est civile !  De plus, la condamnation est frappée d’appel.

 

Catherine Clément ment sur l’action de Vaincre L’Autisme

Catherine Clément s’attaque ensuite aux manifestations organisées à Lille le 16 février par Vaincre L’Autisme affirmant que ces manifestations sont contre les professeurs Delion et Cohen (04:36)

En réalité, il convient de rappeler que Vaincre l’Autisme a appelé à une manifestation contre la pratique du packing et contre l’interdiction de diffusion du film « Le Mur ».

 

Catherine Clément justifie le packing

Catherine Clément soutient ensuite ouvertement le packing. Elle parle d’un « enveloppement temporaire de linges froids à 10° et humides et ça ne dure pas longtemps, c’est un simple enveloppement et ces deux médecins soutiennent sur ce sujet une recherche scientifique qui a été au demeurant validée en 2008» (05:00).

Il convient de rappeler qu’une séance de packing dure 45 minutes, que la température du sujet descend à 36° et que des enfants de trois ans sont sujets à cette étude. Elle parle de validation, sous-entendant qu’elle est valide scientifiquement, alors même qu’il ne s’agit que d’une autorisation, que d’ailleurs nous considérons comme immorale et contraire au droit international.

« Pas plus qu’on ne peut démontrer la nocivité systématique du packing, je crois qu’il n’y a eu qu’un accident grave, mais on ne peut pas démontrer du tout la nocivité systématique. Moi ce que je constate sur le packing […] c’est que cela ressemble énormément à d’autres thérapies utilisées avec succès dans d’autres civilisations et à beaucoup de rites d’initiation qui fonctionnent à peu près comme ça comme le montre les récits d’ethnologues.

 

Catherine Clément défend une approche multidisciplinaire non validée

Parlant d’un jeune qui serait sorti de l’autisme « grâce à une combinaison de pratiques multiples comportementales et psychanalytiques » (05:51). « C’est très banal, beaucoup de professionnels emboîtent les pratiques les unes dans les autres. » (06:01)

Il convient de rappeler qu’aucune recommandation internationale dans l’autisme ne reconnaît les pratiques psychanalytiques comme utiles et scientifiquement validées dans l’autisme et que ce n’est pas parce que beaucoup de professionnels utilisent ces techniques qu’elles sont efficaces et recommandables.

 

Catherine Clément attaque les définitions des Troubles du spectre autistique

Catherine Clément attaque frontalement les définitions du spectre autistique telles que reconnues par les classifications internationales (CIM10 ou le DSM IV) ou la nouvelle définition de la HAS.

« Comment est ce qu’on peut classer dans une même catégorie, avec le même mot,  un autiste dit de haut niveau ou asperger, généralement bavard, surdoué dans un seul domaine et un autiste qui n’a pas accès au langage, pour moi c’est un mystère » (06 :20).

Il convient de rappeler que l’autiste est un trouble du développement et de l’interaction sociale et que la qualité du langage n’est pas critère diagnostique. Par ailleurs, Catherine Clément ne distingue pas autisme de haut niveau et asperger qui font l’objet de catégorisations séparées, à l’heure actuelle.

« On sent bien que les définitions de l’autisme qui sont venues des classifications américaines et aussi beaucoup du Canada, […] sont floues, peu étayées. Par exemple, la causalité génétique dont on nous rebat les oreilles n’est pas systématiquement démontrée. C’est une simple hypothèse. »

Il convient de rappeler que l’autisme fait l’objet de caractère diagnostiques précis dans le DSM IV et de batteries de tests validés (ex. Travaux des professeurs Simon Baron Cohen ou Gilberg). Par ailleurs, la causalité génétique est reconnue et fait l’objet de nombreuses publications même en France (cf. publication de l’Institut Pasteur du 9 février 2012 sur SHANK2).

 

Quelle est sa compétence pour parler d’autisme ?

Aucune, elle n’a pas qualité ni de médecin, ni de psychologue, ni même de psychanalyste. « Je ne suis ni médecin, ni psychanalyse, ni pédiatre », indique-t-elle (05:36).

 

Geneviève Brisac ou la condescendance vis-à-vis des parents

Le second invité était Geneviève Brisac, écrivaine, normalienne et agrégée de lettres, qui « s’intéresse à la psychanalyse », et qui était là de son propre « J’ai plus pour des choses à écouter qu’à dire » (13:51). Elle parle cependant des intentions des parents avec une certaine condescendance. Elle parle de « violence », d’un « coté passionnel » qui relèvent d’une « haine de l’incertain et de la connaissance aussi » (14:02). Elle évoque des « parents débordés […] par l’angoisse, la douleur, la peur… » (14:50)  Pour elle « il s’agit bien de maladie » (16:12).

 

Bernard Granger ou un cogniticien devenu l’allié objectif des psychanalystes

Le troisième invité était  Bernard Granger, psychiatre et psychothérapeute, membre de l’association française de thérapies cognitives et comportementales, professeur à l’Université Paris Descartes, et responsable de l’unité de psychiatrie de l’hôpital Tarnier à Paris. Malheureusement, quatre éléments démontrent un positionnement pour le moins prudent. Premièrement, celui-ci travaille et enseigne avec une psychanalyste en charge de la maison des adolescents à l’hôpital Cochin à Paris. Or, il avoue la difficulté à avoir un poste quand on n’est pas « dans la ligne du parti » (00:00). Deuxièmement, il y a un conflit d’intérêt, puisque le magazine « Books » auquel il est associé, a un accord avec l’émission (02:33). Troisièmement, c’est un partisan en réalité de la neuro-psychanalyse et des approches combinées : «La meilleure chose c’est de combiner les approches » (13:36). Quatrièmement, il pense, comme les psychanalystes, que « Elle [Sophie Robert] les [les psychanalystes] a piégé puisqu’elle a sélectionné ce qui était le plus à charge et le plus caricatural pour donner une image déformée de ce que les psychanalystes, ou du moins ceux qui sont interrogés ont de l’autisme » (25:55), alors même que ce monsieur n’a pas vu les rushes.

On retiendra de l’intervention de Bernard Granger un discours double :

  • « Et, ce que dit Catherine Clément est très vrai, c’est la combinaison de pratiques multiples qui donne les meilleurs résultats mais encore faut-il qu’ils aient accès à l’ensemble des pratiques. » (10:21)
  • « Monsieur François Fillon… passons. » (10:47)
  • « Je trouve que tout cela se fait dans une ambiance un peu médiévale, procédurière, y a de la sorcellerie. » (10:50)
  • « Pour les uns les psychanalystes sont des diables, pour les autres, les comportementalistes sont des barbares. Je crois qu’il faut dépassionner le débat, ce qui n’est pas facile du tout. » (11:03)
  • «  Il y a l’affaire des parts de marché dont vous parliez, c’est vrai que cela rentre en ligne de compte. »  (11:14)
  • « Je connais bien le milieu universitaire et pédopsychiatrique. Il est évident qu’il y a une dominante psychanalytique majeure et c’est même très difficile de faire carrière et d’avoir un poste si on n’appartient pas à ce courant » (12:24).
  •  « On forme les internes à la psychothérapie et on les forme aux différents courants […] En matière de psychiatrie d’adulte c’est beaucoup plus ouvert. En matière de pédopsychiatrie, et c’est l’une des explications de la fureur des parents, c’est que certains aimeraient que leur enfant bénéficie de ce type d’approche et on leur oppose un refus, parce qu’il n’y a pas de gens formés ou parce que ça ne correspond pas à la façon qu’a le chef de service de voir les choses. Et s’il y a un retard en France, c’est de ce coté là. Mais comme vous le disiez tout à l’heure je ne pense pas qu’il faille passer d’un extrême à l’autre et la meilleure chose c’est de combiner les approches ». (12:48)
  • « C’est vrai que les thérapeutiques actuelles laissent un espoir relativement limité, ce qui n’est pas toujours compris par les parents ». (15:07)
  • Parlant de l’évolution qu’il considère générationnelle, « Ce sont des processus qui prennent beaucoup de temps » (20:13)
  • « Je déteste ce terme d’usager. Je préfère les termes de patients et de malades. » (18:30)
  • « Cela dit, les psychanalystes entre eux sont souvent féroces. Je crois que Mme Roudinesco [dans l’article de Libération] parlait de psychanalystes qui défendent des théories de Bazar. Elle a été elle-même beaucoup plus féroce à l’égard des trois psychanalystes qui ont porté plainte que l’a été Sophie Robert dans son film » (26:20)

Conclusion

Au final, il semble bien que France Culture doive revoir sa politique en matière de gestion des invités et de pluralité des points de vue. Autrement, nous ne pourrons que croire que France Culture ment et manipule l’opinion publique au sujet de la psychanalyse.

Parlant de la psychanalyse, Catherine Clément concluait l’émissions en disant que « dans les institutions, sa place est très gravement menacée, par ce que l’on pourrait appeler une espèce de complot. » (27:00)

Si complot il y a, il est plutôt à rechercher à France Culture et non du côté des associations d’usagers!

 

Mises à Jour:

  • 12/02/2012 – 22:05 – Confusions entre Catherine Vincent et Catherine Clément à plusieurs endroits.
  • 13/02/2012 – 16:55 – Corrections orthographiques

 

admin On février - 12 - 2012

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