Collectif Soutenons Le Mur

Archive Collectif Le Mur – Psychanalyse à l'épreuve de l'autisme – Sophie Robert

Print Friendly, PDF & Email

France Inter a consacré son émission « La tête au carré » du 24 février 2012 à la question de l’évaluation de la psychanalyse. La  question posée était : « la psychanalyse peut-elle être évaluée scientifiquement ? « . Antonio Fischetti, connu pour quelques articles pro-psychanalyste dans Charlie Hebdo ces derniers mois, était aux commandes de ce reportage.

A quelques semaines des recommandations de la HAS, la psychanalyse cherche ainsi à se présenter sous le jour nouveau de la « neuro-psychanalyse » en tentant de démontrer ses bénéfices. Ses recherches n’ont malheureusement aucune crédibilité. D’une part, elle apparaissent opportunément qu’après des dizaines d’années de refus d’évaluation et alors que la psychanalyse est fortement remise en question. D’autre part, certains chercheurs sont convaincus que les résultats positifs se verront à l’IRM fonctionnel. Ceci ne préfigure pas une réelle évaluation scientifique, mais plutôt une propagande.

Vous pouvez réécouter l’émission sur le site de France Inter: http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-reportage-d-antonio-fischetti-sur-la-psychanalyse

Nous vous recommandons également l’analyse de l’émission par Yann Kindo sur son blog sur Médiapart.

Nous vous proposons ci-dessous une résumé de l’émission et une analyse critique par Nathalie Radosevic, membre du Collectif Soutenons Le Mur.

 

L’émission « la tête au carré »

Consacrée à l’évaluation scientifique de la psychanalyse

Reportage d’Antonio Fischetti

Par Matthieu Vidard

Résumé de l’émission

La question est de savoir s’il est possible avec les outils de la science d’apprécier la pratique psychanalytique ?

Antonio Fischetti a rencontré, en France et en Allemagne, des partisans de la psychanalyse, qui sont non seulement favorables à son évaluation, mais qui sont aussi à l’origine d’une approche expérimentale de leur thérapie.

Des questions précises ont été posées, et notamment autour de deux axes majeurs :

  • Les recherches en neurosciences peuvent elles répondre à ces interrogations ?
  • Quel est l’avenir de la psychanalyse et peut elle s’adapter à la société actuelle ?

Antonio Fischetti commence par nous mener dans une ambiance de séance psychanalytique : Avec Juan David Nasio, le président des séminaires psychanalytiques de Paris. Ce psychanalyste fantaisiste nous raconte sa simulation de début d’analyse, il s’attarde sur l’accueil et nous comprenons qu’il ressent un émoustillement particulier au moment où il explique qu’il va faire s’allonger le patient sur le divan, qu’il accompagne d’un « aaaaaaahhhh » de satisfaction.

Puis, Antonio Fischetti interroge Anne Casanova, une personne qui a fait une longue cure analytique et explique qu’elle l’a fait dans le but de devenir elle même psychanalyste. On ne sait pas si elle est arrivée au bout de sa recherche, mais nous savons au moins qu’elle ne considère pas «  que la psychanalyse soit la meilleure connaissance de soi même, c’est une connaissance approfondie » une chose qui l’a « vraiment sauvée » et qui l’a même sauvée du suicide et lui a permis de mieux supporter la vie. Devons nous nous inquiéter de la trouver en circulation dans un Cabinet, en qualité de psychanalyste ?

Pour tirer des conclusions générales sur l’efficacité ou non de la psychanalyse, certains psychanalystes diraient que ça n’est pas possible, ni même souhaitable, mais il existerait aussi des chercheurs, qui affirment que la psychanalyse doit être étudiée avec des méthodes scientifiques, Bruno Falissard, Professeur de biostatistiques et directeur de l’unité Santé mentale de l’adolescent.

Bruno Falissard nous parle très rapidement de son collègue Jean-Michel Thurin, psychanalyste, avec lequel il dit avoir travaillé sur le rapport de l’Inserm, paru en 2004. On pourrait comprendre qu’il s’agirait presque d’un rapport rendu trop tôt, car selon lui, « le rapport de l’Inserm, disait que les thérapies cognitivo-comportementales étaient mieux évaluées, montraient leur efficacité, et qu’il y avait peu d’études pour les thérapies psychanalytiques. Mais c’était avant les années 2000. »  Mais il se rassurerait presque en disant que « les travaux psychanalytiques qui sont plus lents à réaliser, sûrement, pour lesquels les psychanalystes avaient moins d’habitudes, moins de culture expérimentale. Ces articles sont publiés, depuis le rapport de l’Inserm. »

Ce qui peut surprendre de la part d’un chercheur scientifique c’est qu’il utilise des approximations en parlant d’une recherche parue dans le JAMA ( the Journal of  American  Medical Association) au sujet des personnes dépressives complexes, c’est à dire dépressifs et alcooliques et/ou avec un trouble de la personnalité, selon lui, l’article démontrerait que la psychanalyse aurait un effet supérieur sur ce type de patients…. «  C’est peut être, ce n’est pas encore sûr ». Vous apprécierez là toute la précision scientifique de Bruno Falissard, dont le titre est moins approximatif et plus ronflant que ses conclusions. D’ailleurs, toujours selon ses propres termes, les psychanalystes « ont peur de la science, ils ont peur des nombres. Après certains psychanalystes ont peur que la science fasse le ménage au sein de la psychanalyse, en montrant qu’il y a des pans qui sont intéressants et qu’il y a des pans qui ne tiennent pas tellement la route. Et puis à contrario, vous avez des scientifiques qui n’ont pas envie de se frotter à la psychanalyse, parce que derrière la psychanalyse, il y a quand même la sexualité infantile et que ça fait encore peur, c’est un tabou ». En effet, cela semble effrayant, surtout vu du point de vue d’un psychanalyste. Et pour conclure son entretien, il ajoute que ce serait « du scientisme que de faire ça (se passer des psychanalystes), mais refuser l’approche scientifique, c’est de l’obscurantisme. » Finalement, c’est assez pratique le consensus entre la science et la psychanalyse, l’un ne chasse pas l’autre et ils peuvent continuer de se taper sur l’épaule mutuellement en continuant leurs pseudos analyses !

Le psychanalyste Jean-Michel Thurin est coordinateur du réseau de recherches sur les psychothérapies dans le cadre de l’Inserm, il travaille à décrypter les entretiens analytiques. Et justement, Antonio Fischetti assiste à l’une de ces séances de décryptage. Trois autres psychanalystes, en ligne via Skype sur internet attendent le début de la séance et se présentent : Pierrette Poyet, de Blois, Christine Ritter de Strasbourg, Laurence Barrer de Toulon. Il s’agit d’un entretien commenté par les trois psychanalystes sur le fait qu’un enfant de 5 ans et 8 mois ne parle pas mais a finalement réussi à articuler « maman, non ». Chacune, à tour de rôle explique sa façon d’interpréter l’évolution grâce à la psychanalyse de cet enfant autiste. L’enfant et sa famille seront sûrement satisfaits de savoir qu’il a reçu une note globale de 1 sur une échelle allant de – 4 à + 4.

Et cette note aurait été établie à la façon dont l’enfant aurait prononcé « maman, non » d’un air « désespéré », aux dires de la thérapeute.

Jean-Michel Thurin explique en fin de séance : « voilà c’est ce qu’on appelle une évaluation multidimensionnelle. Et finalement extrêmement précise. Et cette évaluation, pour le moins subjective, va être répétée plusieurs fois sur un an. Donc initialement, à 2 mois, à 6 mois et à un an. »

Catherine Vannier, à l’hôpital Delafontaine à St Denis en banlieue parisienne, dans le service de néonatalogie du Dr Pascal Bolot, est psychanalyste pour bébés. Selon elle, ainsi que pour le Dr Pascal Bolot, leur service aurait la particularité de prévenir les troubles envahissants du développement chez les nouveaux-nés. D’un ton qui se veut mielleux et maternel, elle parle au bébé en présence d’Antonio Fischetti, à qui elle raconte comment elle arrive à sauver des bébés par le fait qu’elle sauve aussi les mamans, qui viennent avec leur histoire. Elle raconte l’exemple d’une mère dont le bébé serait en réanimation, mais qu’elle ne voudrait pas voir et grâce à elle, aurait convaincu la mère de lui raconter, du jour au lendemain, l’histoire pour laquelle elle ne se sentirait pas capable de s’occuper de son enfant. Elle aurait poussé son petit frère lorsqu’elle était petite et sa mère l’aurait accusée d’être une tueuse de petit bébé. Elle raconte également le cas d’un autre enfant autiste (elle fait donc le lien incessant entre le fait que les enfants nés grands prématurés soient autistes et sort des chiffres, dont on ne sait d’où ils sortent, en expliquant même hésiter entre 28,5 et 28,3%, comme si elle hésitait entre deux couleurs de vernis à ongles). Elle aurait sauvé cet enfant du repli sur lui en ayant compris qu’elle devait s’interposer entre elle et la machine, en enroulant autour de son poignet un fil électrique que l’enfant semblerait affectionner et dont il ne se séparerait pas, durant quelques séances. Une histoire qui ferait presque croire aux miracles…Selon les dires de Catherine Vannier, le projet ne s’arrêterait pas à un service de néonatalogie, il viserait à suivre les enfants après leur retour à la maison et ce jusqu’à au moins l’âge de 5 ans, voire 6 ans. Elle ajoute «  si on obtient les sous d’aller jusque là, pour faire nos recherches »…ce qui semble mettre très mal à l’aise le Dr Bolot qui rattrape la maladresse de sa protégée en précisant qu’ils le font déjà, mais que dans le cadre d’un protocole de recherches prévu sur une soixantaine de bébés dans différents services de néonatalogie, un service utilisera des techniques analytiques complets du bébé à la mère et pas les autres, mais les mères recevraient malgré tout une prescription médicale pour un suivi psychologique. Étude sur laquelle nous pouvons nous poser des questions…les parents sont ils d’accord pour confier leur bébé et se confier aux mains de psychanalystes qui croient encore que les autistes naissent en priorité chez les grands prématurés et parce qu’il y a forcément un lien de causalité entre la mère et l’enfant ?

Certains scientifiques essaieraient d’établir des ponts entre les deux disciplines : les neurosciences et la psychanalyse ?  Ils utilisent les imageries cérébrales pour étudier les effets d’une cure psychanalytique. Antonio Fischetti s’est rendu à  l’institut Sigmund Freud à Francfort pour en savoir plus. Il y rencontrera Marianne Leuzinger-Bohleber  et Tamara Fichman.

Il interroge en premier lieu Tamara Fichman, qui étudie les imageries cérébrales des patients en psychanalyse. Ces patients sont surtout des dépressifs chroniques (d’où la fameuse étude que Bruno Falissard avait évoqué l’avoir vu publiée dans le JAMA ? Que devons nous conclure?). Elle étudie le sommeil également et les rêves. Elle les analyse selon des critères bien précis, en isolant une trentaine de mots clefs faisant partie du rêve du patient et les lui rappelle durant l’examen du scanner. Aussi, elle analyse selon elle quelles sont les zones du cerveau qui s’activent et quels sont les progrès de la psychanalyse constatés sur ce cerveau. Elle conclut « Au début les rêves sont plus courts et les patients n’utilisent pas beaucoup de mots pour les décrire, et à la fin de la thérapie, les rêves sont beaucoup plus élaborés. ». Antonio Fischetti pose une dernière question sur la raison de cette recherche. Elle explique, qu’ainsi, personne ne pourra plus réfuter l’efficacité de la psychanalyse.

Marianne Leuzinger-Bohleber est directrice de tout l’institut Sigmund Freud à Francfort. Elle explique « Il y a une discipline que l’on appelle neuropsychanalyse, ça ne veut pas dire que l’on peut répondre aux questions de la psychanalyse avec les neurosciences, mais vous pouvez avoir des découvertes parallèles, et vous pouvez construire des modèles théoriques, où vous intégrez des découvertes cliniques de la psychanalyse et des neurosciences. » Elle se sert de l’exemple d’un scientifique réputé, un Prix Nobel de médecine, Eric R. Kandel, qui serait très fervent de psychanalyse en déclarant «  il est convaincu que la psychanalyse est la discipline intellectuelle la plus stimulante ».  Eric R. Kandel lui aurait d’ailleurs donné le conseil suivant : « Vous devez avoir des échanges avec les neurosciences et vous devez montrer que la psychanalyse change aussi le cerveau. Parce que le cerveau et l’esprit forment une unité. Et si la psychanalyse est vraiment capable d’aider les patients à gérer leurs problèmes, de façon plus adéquate, alors le cerveau changera. Et vous devez le démontrer. » Le cerveau et l’esprit forment ils vraiment une unité ? Est ce une conclusion digne d’un scientifique récompensé par un Prix Nobel de médecine ?

Antonio Fischetti pose une question intéressante : « Mais est ce que c’est seulement une façon de prouver l’efficacité de la psychanalyse ? Ou est ce que ça pourrait permettre d’améliorer les traitements ou d’en trouver de nouveaux ? »

Marianne Leuzinger-Bohleber  est ravie de cette question, car elle peut y répondre avec beaucoup de convictions et de fierté : « La psychanalyse doit résoudre elle même ses problèmes. C’est à nous de trouver comment nous améliorons les techniques et les élaborons et comment aider les patients avec la psychanalyse. » Et finalement, le plus important pour elle ce serait que, « Dans le monde de la médecine, la psychanalyse serait de nouveau prise au sérieux. » Finalement, qu’importe le bien-être des patients, pourvu qu’on ait l’ivresse de pouvoir continuer la psychanalyse en se persuadant que cela change le cerveau….en bien, en mal…qu’importe, seule « la révolution » qu’apporte cet effet compte semble-t-il, à ses yeux.

C’est dans un Centre Médico Psychologique parisien, Philippe Paumelle, qu’Antonio Frischetti finit sa « tournée » de visites de psychanalystes. Alain Braconnier, psychanalyste lui aussi, interrogé sur la conférence qui se déroulait à Lille, sur l’avenir de la psychanalyse et si finalement, elle devait se réadapter aux exigences de la nouvelle vie ou si au contraire, elle devait perdurer dans l’état, en tant que cure-type. Alain Braconnier explique que la psychanalyse doit s’adapter aux nouvelles pathologies, dans un premier temps. Freud serait périmé, il est resté à l’époque où l’hystérie était le seul trouble expliqué comme problématique, or, de nos jours, ce ne serait plus le cas, ce serait ce qu’il appelle « les états limites ». Il énumère un bon nombre de symptômes, dont « l’intolérance à la frustration,  tendance au passage à l’acte, plutôt que de comprendre ce qui se passe, il y a une tendance aux addictions, il y a une tendance à une instabilité ».

Selon lui, si la théorie freudienne est dépassée c’est parce qu’elle s’appuierait sur le concept de la physique selon lequel c’était une physique des fluides « linéaire » et pas « circulaire ». Pour Alain Braconnier, les parents et les mères en particulier ont été injustement accusées des troubles de leur enfant. « C’était l’effet des fluides linéaires, on remplit d’eau un truc ça va déborder sur l’autre. Et bien on a découvert qu’il y avait des systèmes circulaires, c’est à dire qu’on ne sait pas si c’est l’enfant qui a un effet sur la mère ou la mère sur l’enfant. »

Pour illustrer également ses idées sur le fait que la cure analytique doit s’adapter à la nouvelle demande, Alain Braconnier décrit la population de ce siècle comme des gens pressés, impatients, pourtant passifs, n’étant pas portés à l’intellectualisation mais au gavage télévisuel, ils sont fauchés, n’ont pas les moyens de payer une cure analytique grand luxe. C’est qu’il en faut de l’argent pour s’allonger (ou s’asseoir, on ne s’allongera bientôt plus non plus sur le divan, car les gens n’ont même pas le temps de s’allonger ! Une thérapie sur le pas de la porte, ça vous tente ?) 3 fois par semaine à raison de 45 minutes la séance ! Comme ils ne sont plus portés à l’intellect, on doit leur servir des recettes toutes faites. Quelle belle vision de l’humanité a Alain Braconnier ! S’il crache provisoirement, dans la soupe psychanalytique finalement pour se donner un air plus progressiste, tout comme le Pr Bernard Golse, avec lequel il a co-écrit « Winnicott et la création humaine », pour le coup, moins progressiste qu’on l’imagine, on pourrait presque penser qu’il la condamne pour les raisons qu’il évoque : Freud a été méchant à l’égard des parents et des mères…cependant, on doit adapter cette cure au nouveau mal du XXIème siècle qui consiste à prendre les patients pour des moutons, des débiles profonds incapables d’apprécier la littérature psychanalytique, alors on l’accommode à la sauce « comportementale » (pour faire plaisir aux gens)…

Et finalement, devons nous demander à Juan David Nasio ou aux célèbres humoristes Les Inconnus de nous aider à différencier ce qu’est un bon psychanalyste d’un mauvais ? Juan David Nasio ne serait pas contre choisir un bon psychanalyste par rapport à la décoration du Cabinet de l’analyste…sa façon de dire bonjour, de serrer la main, de vous regarder et finalement, si vous n’avez plus d’argent pour boire un café après votre première séance….vous pourrez toujours soupirer à la terrasse d’un bistrot en vous demandant si vous avez bien fait de choisir cet analyste ou pas et s’il va vraiment vous aider à progresser.. !

admin On mars - 5 - 2012
  • RSS
  • Delicious
  • Digg
  • Facebook
  • Twitter
  • Linkedin
  • Youtube

Officiel : Fin de partie po

  Suite à la décision de justice du 26 janvier 2012, ...

Sciences et Avenir : "Autis

Sciences et Avenir consacre un dossier de 6 pages dans ...

La campagne Grande Cause Na

La campagne grand publie de l' "Autisme Grande Cause Nationale ...

Sénat : Evaluation de l'im

Le Sénat a publié il y a quelques jours la ...

Franck Ramus (CNRS) pose de

Franck Ramus est directeur de recherches au CNRS, au Laboratoire ...