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Archive Collectif Le Mur – Psychanalyse à l'épreuve de l'autisme – Sophie Robert

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Par David Heurtevent, Asperger, MA Georgetown

 

Nombre de  jeunes parents et d’étrangers ne comprennent pas bien la force des liens qui unissent la psychanalyse et la politique française. Le 14 février 2012, je dénonçais ici-même le soutien du Parti Communiste Français et de la CGT-Santé aux pratiques de torture du packing dénoncées depuis par l’ONG internationale Disability Rights International. Je mettais en évidence les liens entre une partie de la gauche française (Martine Aubry, PCF, Verts, NPA, Parti de Gauche) et Pierre Delion, principal investigateur du packing. Cet amalgame m’ayant été reproché par certains, j’ai décidé d’aller plus loin en disséquant superficiellement quelques liens idéologiques et politiques entre la psychanalyse et la gauche française.

La relation entre la psychanalyse et la gauche française n’est pas nouvelle.  L’alliance entre freudiens d’une part et les marxistes (et trotskistes) d’autre part a ses racines dans le mouvement culturel de Mai 68. Ainsi, « à la fin des années soixante, la psychanalyse apparut, à la lumière de certains commentaires freudo-marxistes, comme un idéal révolutionnaire qui aurait sans doute surpris Freud » écrivait Alain de Mijolla et de Sophie de Mijolla Mellor dans « Psychanalyse » paru au PUF en 1996 (p. 792).

Aujourd’hui, cette alliance théorique influence clairement l’appel du Front de Gauche pour une psychiatrie accueillante et non sécuritaire du 26 janvier 2012: « L’objet de la psychiatrie est de prendre en charge des pathologies, parfois pendant des années, de prendre soin des patients, ce qui suppose une relation thérapeutique fondée sur la confiance et non de traiter des symptômes, ni de normaliser des individus ou des populations. » Cet appel critique ouvertement la normalisation des soins via des protocoles et l’évaluation et « des techniques cognitivo-comportementales (TCC), sensés permettre des prises en charge relationnelles courtes ». L’appel conclue : « le Front de Gauche souhaite  refonder une psychiatrie respectueuse de la personne, prenant en compte la dimension psychodynamique de la pathologie. […] Les apports de la psychanalyse demeurent essentiels ». La psychanalyse, son refus de l’évaluation et son opposition avec les TCC sont donc au cœur de ce discours politique.

Le courant freudo-marxisme s’exprime également au travers d’amitiés individuelles à l’occasion des campagnes présidentielles. Nous pouvons ainsi évoquer l’amitié entre le candidat à la présidentielle du Parti de Gauche Jean-Luc Mélenchon et le psychanalyte et chroniqueur Gérard Miller ou les liens entre François Hollande et Elisabeth Roudinesco.

Concernant Gérard Miller, France Soir rapportait ainsi dans son édition du 30 juin 2011 : « Gérard Miller, le plus médiatique des psychanalystes, semble à son aise dans le grand meeting du Front de gauche (PC et Parti de gauche) qui s’est déroulé ce mercredi soir à Paris, place Stalingrad. Ancien maoïste lors de ses années étudiantes, le grand ami de Laurent Ruquier, qui s’était déjà engagé lors de la campagne du communiste Robert Hue en 2002, est cette fois venu soutenir officiellement Jean-Luc Mélenchon

Ce choix de Gérard Miller a été depuis confirmé par l’intéressé dans un article du Parisien du 24/02/2012 : « Je voterai au premier tour pour Jean-Luc Mélenchon, c’est-à-dire pour celui qui est le plus à gauche et le plus captivant. ». Il indique d’ailleurs également dans cet article qu’il votera François Hollande au second tour en « légitimiste de gauche ».

Cette amitié est de longue date et s’est faite au contact de révolutionnaires d’Amérique latine tels Hugo Chavez. France Soir décrit cette relation : « Les deux hommes se connaissent depuis longtemps, et se sont cotoyés « dans tous les endroits mal famés que fréquentent les gens de gauche » s’amuse Miller. Notamment à la mairie du XIème arrondissement de Paris, qui fut dirigée par le chevènementiste Georges Sarre jusqu’en 2008 : « Sarre avait l’habitude de recevoir tous les révolutionnaires d’Amérique latine, à l’image d’Hugo Chavez. Mélenchon et moi, nous nous retrouvions lors de ces réceptions »».

L’historienne de la psychanalyse Elisabeth Roudinesco ne cache pas non plus ses amitiés politiques et ses rencontres « en privé » avec François Hollande, alors Premier Secrétaire du Parti Socialiste lors de la campagne référendaire de 2005 ou de la campagne présidentielle de 2002 pour faire du lobbying. Elle évoque également son ancienne appartenance au Parti Communiste Français.

Dans un entretien avec Philippe Grauer pour le site psychanalytique oedipe en 2005, Elisabeth Roudinesco expliquait : « J’ai en effet rencontré hier François Hollande à titre privé. Je venais juste de participer à la réunion du comité de soutien du PS pour le oui à la Constitution mis place par Jack Lang. Mes positions politiques sont connues depuis longtemps : je suis de gauche, j’ai toujours voté socialiste après mon départ en douceur du Parti communiste en 1979. Et c’est au moment où, le 21 avril, Jacques-Alain Miller a proposé d’appeler à voter en faveur de Jacques Chirac au deuxième tour de l’élection présidentielle, face à Le Pen, et de s’associer à l’appel de l’Académie des sciences que j’ai demandé aux associations psychanalytiques, sans rien cacher de cette alliance, de soutenir cet appel. J’ai alors été très heureuse de voir que les psychanalystes savaient se mobiliser à l’unanimité et avec enthousiasme en un moment où il fallait défendre la France républicaine. »

En réalité, cette rencontre portait sur la défense des intérêts de la psychanalyse :

« Le combat contre l’évaluation aveugle (et non pas contre toute évaluation) que nous menons conjointement avec tous ceux qui le veulent, et avec les psychothérapeutes qui ont été, à tort, regardés comme des parias et comparés à des chefs de sectes, dépasse largement la question de la psychanalyse et des psychothérapies relationnelles : c’est un combat en faveur d’une philosophie de la liberté contre une philosophie de la soumission. […] A cet égard, le problème de l’enseignement de la psychanalyse à l’Université doit désormais être posé de façon claire et je salue ici le combat mené par Roland Gori à la tête du SIUERPP et au CNU, à la suite de mon ami Pierre Fédida, en faveur d’un enseignement clinique – fondé sur la psychanalyse et ouvert aux psychothérapies – qui ne soit pas expertisé selon les critères insensés des évaluateurs cognitivo-comportementalistes diligentés par l’INSERM. […] Ce sont tous ces problèmes que j’ai évoqués lors de ma rencontre privée avec François Hollande et en présence de Jean-Pierre Sueur. Je l’ai informé de toute la complexité que posait l’ensemble de ce dossier (psychiatrie, psychanalyse, psychologie, psychothérapies) et je n’ai pas dissimulé un seul instant l’existence des divisions internes au mouvement psychanalytique. »

Au final, il convient de s’inquiéter sur les conséquences d’une élection de François Hollande à la Présidence de la République pour le devenir des personnes autistes en France. Martine Aubry soutient le packing. Gérard Miller lui revendique ses amitiés avec Hugo Chavez, un modèle de démocrate ! Où est l’humanisme revendiqué par les tenants de la psychanalyse ?

 

Mise à jour : 5 mars – modification. La campagne présidentielle était bien celle de 2002. Elisabeth Roudinesco était bien interviewée en 2005 à l’occasion de la campagne référendaire de 2005 pour le Oui à la constitution européenne et revenait sur ce soutien des psychanalystes en 2002. Merci à JL Racca pour avoir débusqué cette erreur.

admin On mars - 5 - 2012
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