Collectif Soutenons Le Mur

Archive Collectif Le Mur – Psychanalyse à l'épreuve de l'autisme – Sophie Robert

COMMUNIQUE OFFICIEL – Soutenons Le Mur

Publié le 8 mars 2012 à 14h30 TU

http://soutenonslemur.org, Twitter : @SoutenonsLeMur

Objet: Une victoire historique pour l’autisme en France, mais prudence …

Le 8 mars 2012 constitue une avancée historique dans la prise en charge de l’autisme en France. C’est une victoire majeure pour le monde de l’autisme. Ne vous y trompez pas, le signal est clair, les approches psychanalytiques et la ségrégation ne sont plus les bienvenues dans l’autisme dans ce pays et une nouvelle ère s’ouvre. La prudence reste de mise. La résistance au changement des professionnels restera extrême et les parents, comme les associations, devront veiller à l’application stricte des recommandations.

Bien sûr la HAS a agit honteusement en n’allant pas au bout de sa démarche sur le packing et sur la psychanalyse. Elle a plié face aux pressions d’ayatollahs et voulu ménager le quasi monopôle de ces pratiques dans la psychiatrie française. Quid du fait que la psychanalyse est abandonnée partout sauf en France ! Quid de son inutilité dans le traitement de l’autisme ! Quid des dégâts causés pendant des années par ces approches ! La HAS a manqué de courage et a évité le fond du problème.

Reste que le classement de la psychanalyse en « non-consensuel » et la recommandation des approches éducatives et comportementales, renvoient un message clair contre les approches psychanalytiques dans l’autisme. Non, Monsieur le directeur de la HAS, les professionnels n’ont pas su accepter l’évaluation de leurs approches après presque 100 ans de pratique. Il est temps qu’ils partent !

Nous ne pouvons pas accepter de mélanger des approches consensuelles (ABA, TEACCH, PECS, etc) et des approches non-consensuelles. Les associations devront dans les mois et les années à venir changer les politiques publiques et la réalité sur le terrain pour enfin faire disparaître les pratiques obsolètes et néfastes et éviter le maintien de la psychanalyse par un mixage des approches.

Ce document de la HAS contient cependant de nombreuses avancées majeures. Pour cela, nous devons remercier tous les parents, les associations et les personnes autistes qui se sont investis sur ce sujet depuis des mois. Nous devons notamment saluer le travail du Collectif Autisme et la ténacité de Danièle Langloys, présidente d’Autisme France et représentante des usagers à la HAS, qui a sans relâche forcé l’amélioration de ce document.

Concernant la définition de l’autisme, la HAS rappelle : « la classification internationale des maladies (CIM-10) est la classification de référence. Les TED sont classés par la CIM-10 dans les troubles du développement psychologique (page 6).» Dès lors, les diagnostics fantaisistes et la psychose n’ont plus leur place dans notre pays ! Par ailleurs, la nature diverse de l’autisme est reconnue avec ses différentes graduations et l’existence ou non d’un retard mental ou de troubles associés.

Concernant les droits de la personne autiste, le fait que «l’enfant/adolescent dispose de droits » est rappelé. La dignité, le projet individuel, la personnalité et les capacités propres de chaque personne avec autisme sont au cœur des recommandations. Ainsi, les recommandations reconnaissent qu’il faut « associer l’enfant/adolescent et ses parents, porter attention à la fratrie » et évaluer régulièrement le développement de l’enfant, élaborer un projet personnalisé et intervenir précocement. En particulier, la HAS rappelle qu’il faut « échanger régulièrement avec l’enfant/adolescent et sa famille » et que « les parents doivent recevoir une information éclairée » et ont « le droit de s’opposer à ces interventions ». La HAS écrit également qu’il faut « co-élaborer le projet d’intervention avec les parents ». Un professionnel ne doit plus refuser de communiquer avec les parents ou de les maintenir dans l’ignorance, voire de faire du chantage juridique  ! Les professionnels doivent tenir compte de l’avis des familles !

Concernant les outils de communication tels PECS, la HAS écrit qu’il faut « recourir le plus tôt possible, et de manière cohérente dans ses différents lieux de vie, aux outils de communication alternative ou augmentée pour l’enfant/adolescent s’exprimant peu oralement ». En d’autres mots, les enfants autistes, qui en ont besoin, doivent bénéficier partout d’outils tels la méthode de pictogramme PECS.

Concernant la nécessité de professionnels qualifiés, la HAS parle ainsi de « s’appuyer sur des compétences médicale, psychologiques et éducatives actualisées. Des compétences relatives au développement et au fonctionnement neuropsychologique de l’enfant/adolescent avec TED sont nécessaires. » Elle rappelle la nécessité d’une « évaluation régulière, multidimensionnelle et pluri professionnelle par des professionnels expérimentés et formés ». Exit donc les personnes uniquement psychanalystes ! Il faudra pousser le législateur à prendre des mesures concrètes dans ce sens.

Concernant la prise en charge, la HAS reconnaît la nécessité d’intervenir précocement et de « débuter avant 4 ans des interventions personnalisées, globales et coordonnées, fondées sur une approche éducative, comportementale et développementale ». Exit donc les approches thérapeutiques et la psychanalyse non mentionnées !  La HAS précise également « une intervention globale ne peut pas consister en une juxtaposition de pratiques éducatives, pédagogiques, rééducatives ou psychologiques avec des techniques très hétérogènes ou éclectiques ». En d’autres termes, les ateliers à la « hôpital de jour » avec un peu de comportemental pour faire caution n’ont plus leur place. L’approche envisagée est bien l’éducation structurée et l’intervention comportementale précoce (ABA/TEACCH). La HAS écrit « Parmi les approches éducatives, comportementales et développementales, les interventions évaluées jusqu’en septembre 2011 concernent les interventions fondées sur l’analyse appliquée du comportement dites ABA (grade B), le programme développemental dit de Denver (grade B) ou le programme « traitement et éducation pour enfants avec autisme ou handicap de la communication » dit TEACCH (grade C). [page 25]»

Concernant la scolarisation des enfants, la HAS réaffirme le principe de l’accès à l’éducation par une « scolarisation adaptée » y compris pour les autistes les plus sévères [page 26].

Concernant la psychanalyse et la psychothérapie institutionnelle, la HAS les classe en « Interventions globales non consensuelles » et écrit que « l’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur : les approches psychanalytiques, la psychothérapie institutionnelle. [page 27] » Nous regretterons la reculade de la HAS depuis le non-recommandé de la version de travail rendue publique par Libération le 13 février 2012. Néanmoins, ce classement, ajouté à la recommandation des approches éducatives et comportementales, renvoie un message clair contre la psychanalyse dans l’autisme.

Concernant les approches exotiques, y compris la psychanalyse qui vise à guérir le patient autiste, la HAS précise dans sa note de synthèse: « pour les parents, être particulièrement prudents vis-à-vis d’intervention permettant de supprimer  complètement les manifestations des TED, voire de guérir leur enfant ». On naît autiste, on le reste à vie, voici le message correct envoyé par la HAS. La société doit s’adapter à l’autisme différence et non pas maladie mentale comme trop le croient encore.

Concernant le packing, « en dehors de protocoles de recherche autorisés respectant la totalité des conditions définies par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), la HAS et l’Anesm sont formellement opposées à l’utilisation de cette pratique. » Néanmoins, la HAS, en refusant de mettre fin au protocole de recherche laisse une porte ouverte à tous les abus. Nous répondrons spécifiquement sur ce point dans un communiqué séparé.

La nécessité de changer les priorités de politique publique dans l’autisme

En conclusion, l’intervention précoce et l’insertion scolaire avec inclusion dans la vie de la communauté doivent être des priorités de politique publique. En interdisant partiellement le packing et en annulant la non-recommandation de la psychanalyse, la HAS a essayé de ménager des professions.  Reste que les avancées sont grandes et que les professionnels doivent remettre leurs pratiques en cause. La psychanalyse n’a plus sa place dans les prises en charge des personnes avec autisme, même sous forme d’approche intégrative ou d’inspiration psychanalytique. Le gouvernement doit clairement tenir compte ces données dans ses budgets et dans la formation des professionnels.

Il est évident que jamais cette évolution n’aurait été possible sans le mouvement spontané des associations et des parents autour du documentaire « Le Mur » de Sophie Robert. Malheureusement, la décision de première instance, qui a de fait censuré ce film, reste en place. Elle est scandaleuse et contraire aux principes même de la liberté d’expression et de la liberté de la presse, comme l’ont souligné la Société Civile des Auteurs Multimédias et Reporter Sans Frontières. L’ensemble de la société civile doit aujourd’hui se mobiliser pour mettre fin à l’influence néfaste de la psychanalyse sur la vie politique et judiciaire de ce pays.

Le Collectif Soutenons Le Mur continuera de se mobiliser pour défendre Sophie Robert et l’autisme en appel contre la psychanalyse. Le principe fondamental de la liberté d’expression doit primer sur l’obscurantisme.  Les membres du collectif militeront toujours en faveur d’une médecine et d’une psychologie basée sur la preuve et combattront sans relâche l’influence sectaire de la psychanalyse et son emprise sur l’autisme. Il faut désormais surveiller la mise en place effective de ces recommendations dans les mois et les années à venir.

L’autisme doit sortir de l’obscurantisme et la victoire d’aujourd’hui y contribue fortement, mais prudence. Les parents et les associations doivent se saisir des recommandations et les faire appliquer partout.

Le Collectif Soutenons Le Mur

admin On mars - 8 - 2012

4 Responses so far.

  1. Pour et contre pesés, mais on peut regretter que dans ce rapport, l’allusion à l’école soit plus que légère : tant qu’on privilégiera l’approche médicale, dans les faits l’autisme ne sera pas considéré comme un handicap, mais comme une maladie, une psychose, après on peut dire tout ce qu’on veut, mais des actes c’est mieux.

  2. Radosevic Nathalie dit :

    Très bon article, comme toujours !!! Je me permettrais juste de rajouter une chose que j’ai notée et qui m’a un peu choquée dans le questions/réponses de la HAS, aller, on va dire un peu beaucoup… »Enfin, les caractéristiques psychologiques des parents ne sont pas un facteur de risque dans la
    survenue des TED. »

    Doit-on se sentir soulagés en tant que parents que nous ne soyons pas considérés comme un facteur de risques pour nos enfants ?

    Tant la tournure de la phrase, que l’emploi des mots inappropriés…sans compter les termes « caractéristiques psychologiques »…je vois d’ici les psychanalystes rebondir dessus et dire que ce n’est plus psychologique si on détruit nos enfants, mais culturel, voire peut être même religieux…on sait jamais, déjà qu’ils ont tendance à détourner chacun de nos propos pour en faire des confitures d’horreur amère…si en plus on leur donne le bâton pour continuer de nous battre…

    D’autre part, les enfants et adolescents devenus adultes…on en parle peu finalement…que deviennent ils ? ils ont le droit d’être exploités dans les ESAT ou on peut éventuellement espérer qu’un jour ils puissent obtenir des emplois, de vrais emplois et de vrais choix d’orientation professionnelle ? Ou alors c’est encore aux parents de tricoter de bonnes solutions « maison » ?

    Sinon…oui…je suis d’accord avec tout ! un seul bémol…on ne donne pas de « vitamines » pour que notre enfant ne soit plus TED, mais pour l’aider à mieux se concentrer et être en meilleure santé…mais des fois que l’on considère que les aliments et régimes alimentaires sans additifs chimiques et autres puisse encore être vue comme une lubie…je me permets de le soulever car c’est ce que j’ai entendu dire au SESSAD et résultat, on cassait constamment le fait que je fasse manger à ma fille du bio et que je préfère traiter les anxiétés et autres troubles annexes mais liés au TED le plus naturellement possible…

    • admin dit :

      Il y a encore beaucoup de combats à mener déjà pour que ces recommandations soit appliquées dans les faits. C’est un outil dont les parents et les associations doivent se saisir pour un cadre général. Après, les mots sont toujours discutable et les individus sont des cas particuliers. Reste la situation des adultes qui est dramatique et là encore rien n’est fait ou dit. L’Etat doit prendre ses responsabilités.

  3. Calbas dit :

    C’est une bonne chose pour les enfants et adultes autistes ainsi que leur famille, maintenant il faudrait généraliser ça. Les psychanalystes vont crier au fascisme mais continuons comme ça.

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