Collectif Soutenons Le Mur

Archive Collectif Le Mur – Psychanalyse à l'épreuve de l'autisme – Sophie Robert

Par David Heurtevent, MA Georgetown

Le traumatisme lié à la campagne du film « Le Mur » et aux recommandations de la HAS dans l’autisme est profond pour les psychanalystes et  les psychiatres.

Aujourd’hui samedi 17 mars 2012, le Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire tenait meeting à la Maison de l’arbre à Montreuil. Libération résume le sentiment de ces professions dans son titre : « résister, quoi qu’il arrive ». L’article nous indique d’ailleurs que Pierre Delion et l’ancien garde des sceaux socialiste Pierre Joxe devaient y débattre. Interrogé, le Dr Hervé Bokobza décrit la pensée et l’état d’esprit : « Pour nous la folie est une maladie de la relation, à soi et aux autres. Elle n’est ni biologique, ni génétique. C’est pour cela que nous sommes ahuris, effondrés, et surtout terriblement en colère quand on entend la Haute Autorité de santé interdire la psychanalyse dans la prise en charge de l’autisme ».

JIM fait le constat « c’est un euphémisme de constater que le rapport de la Haute autorité de Santé (HAS) concernant la prise en charge des enfants et adolescents souffrant de troubles envahissant du développement (TED) n’est pas passé inaperçu. […] Les commentaires sont encore très nombreux. Ils émanent notamment de pédopsychiatres qui souhaitent aujourd’hui dénoncer la représentation caricaturale de la prise en charge actuelle des enfants autistes. »

Derrière cette façade, les fissures, parfois anciennes, à l’intérieur de la psychiatrie et du mouvement psychanalytique français s’agrandissent et l’édifice s’écroule. Certains remettent en cause les chefs, l’approche dogmatique et demandent l’évaluation de la pratique. D’autres, choisissent de s’enfermer dans une obsession contre le film « Le Mur » et croient au complot.

 

Après les recommandations de la HAS, voici venu le temps des remises en cause

La Croix (15/03) confirme que « de nombreux professionnels affirment qu’ils sont prêts à évaluer leurs pratiques, mettant en avant un travail de recherche lancé en 2008 avec l’Inserm sur 82 enfants atteints ».

Sur Mediapart, Dr Patrick Alary, Psychiatre hospitalier au Centre Hospitalier des Pyrénées
et Président de la commission scientifique de la FASM Croix-Marine a trouvé le bouc émissaire : c’est la HAS et son explication est politique : « Sur ces questions, nous demandons solennellement à la Haute autorité de santé de mettre ses recommandations en cohérence et de laisser la place à la levée de l’indécision de ses experts en matière de packing, et de toute autre modalité de prise en charge des personnes autistes. Mais au-delà, c’est le fonctionnement même de la Haute autorité de santé qu’il faut remettre en question. Après le diabète, les maladies d’Alzheimer, c’est donc au tour de l’autisme d’être l’objet d’un discours qui ne repose, quelle que soit la qualité de ses signataires, sur aucun véritable critère scientifique validé. Des préjugés, des atermoiements, des contradictions, des affirmations contestables, la stigmatisation de toute une profession comme seule réponse à la détresse des patients et de leurs familles. Un écran de fumée politique et idéologique commenté par un président engagé lui-même politiquement, ne faisant pas mystère de ses convictions et usant de ses titres scientifiques, incontestables, pour masquer son engagement, comme il a masqué, au moment de sa nomination, ses liens d’intérêts avec les laboratoires pharmaceutiques de 2008 à 2010. Un compromis pour que ne soit pas remis en cause certains engagements financiers auprès des associations de famille. » Malheureusement, c’est oublier que les professionnels ont eux-même fait pression sur la HAS et qu’elle est allée dans leur faveur en revenant sur le texte initialement dévoilé par Libération mi-février !

D’autres voient enfin la réalité en face est pensent qu’il est temps de faire évoluer les pratiques :

Pour Boris Cyrulnik (Plus du Nouvel Observateur, 15/03/2012), « la psychanalyse est devenue dogmatique, c’est son erreur ». Il revient sur le processus : « la découverte de Freud ne servait plus à explorer le continent intime, ce n’était plus seulement un outil de découverte et de soin, la psychanalyse était devenue une arme pour prendre le pouvoir dans les formations, accéder aux revues qui facilitaient les carrières et donnaient la notoriété qui remplissait les cabinets. ». Concernant l’autisme, il explique ; « L’attitude idéologique a mené au pouvoir, grâce aux certitudes que donnent les dogmes. On a donc accusé les mères d’être responsables de l’autisme de leur enfant et certains psychanalystes en poste ont empêché l’acquisition de nouvelles idées psychanalytiques ». Malheureusement, il oublie que Freud lui-même excommuniait facilement et que ce processus sectaire fait partie de la psychanalyse.

Certains comme Sébastien Smirou pensent que la psychanalyse doit rendre des comptes et être évaluée. Celui-ci avoue qu’ « être un jeune psychanalyste français aujourd’hui n’est pas une sinécure » et pense même que la polémique « semble avoir fait des analystes une espèce (presque nuisible) en voie de disparition – peut-être même à brève échéance ». D’après lui, « la méfiance qui les entoure désormais est le prix que paie l’ensemble d’une profession pour l’arrogance d’une partie d’elle-même.» Il explique alors que les maîtres de la psychanalyse eux-mêmes ne refusaient pas l’apport des autres sciences. « L’enjeu est bien plutôt de pouvoir dialoguer collectivement avec les pouvoirs publics et les patients sans s’en remettre à la voix de tel ou tel leader plus ou moins éclairé ». « Un psychanalyste n’est ni une autorité morale ni un militant de quelque cause que ce soit ». « Plus sérieusement, on s’attellerait volontiers à la définition de critères d’évaluation valables pour ce métier, c’est-à-dire à la fois parlants pour tout un chacun, et fidèles à l’expérience de la cure. » Question, un psychanalyste peut-il rester un psychanalyste s’il abandonne la subjectivité et la théorie qui le différencie des autres psychothérapeutes ? Probablement pas.

 

Refaire le match du film « Le Mur » avec la théorie du complot comme explication

Certains, enfermés dans leurs dogmes refusent d’entendre sonner le glas. Au lieu de cela, ils continuent de voir un complot des comportementalistes ou des associations et d’être obsédés par le film « Le Mur » et l’image qu’ils renvoient.

Il y a quelques jours (8/03), Pierre Delion voyait « une campagne calomnieuse et diffamatoire, nationale et internationale, orchestrée par des associations de parents d’enfants autistes à partir de fantasmes (aucune plainte de parents n’est reçue à ce jour) et s’en prenant, bien au-delà du packing à la psychanalyse et à la psychothérapie institutionnelle.» Or si fantasme il y a, il serait plutôt de croire que des draps froids vont « soigner » un autiste.

Sur le site du Cercle Psy (7/03), les trois plaignants de l’affaire « Le Mur », Alexandre Stevens, Esthela Solano-Suarez et Eric Laurent, refont le match et parlent de complot probablement pour se dédouaner d’avoir commis l’erreur d’attaquer le film « Le Mur » et la liberté d’expression avec le résultat que l’on sait dans l’opinion. Alexandre Stevens y assume notamment avoir attaqué au nom de l’Ecole de la Cause Freudienne : « Nous sommes tous trois de l’Ecole de la Cause freudienne, nous nous sommes concertés. » Il ne comprend pas en quoi il porte atteinte à la liberté d’expression : « la censure, c’est Sophie Robert qui l’a faite ». Lui aussi y voit un complot : « Mais l’excès de haine qui s’énonce par certains ne permet pas d’exclure qu’ils soient manipulés par des thérapeutes cognitivo-comportementaux pour éprouver une telle hostilité envers la psychanalyse.. »

Pour Estelle Solano-Suarez, c’est sûr, « derrière le Mur, c’est la haine qui est à l’œuvre ». « Au fil du temps, on a vu tous ces échos dans la presse, toute une campagne soutenue par des associations de parents d’enfants autistes très montés contre la psychanalyse, très virulents. Sachant que la date approchait pour la remise des travaux du ministère de la Santé concernant l’autisme, et compte tenu du fait que l’autisme était déclaré grande cause nationale pour l’année 2012, on se dit que tout ça fait quand même partie d’un ensemble. Le Mur était animé par une volonté de nuire ».  Léger petit problème, l’analyse ne tient pas à l’épreuve des faits. Ce n’est que l’attaque contre le film par les psychanalystes qui a médiatisé le conflit et poussé les parents à réagir et à militer. De plus, la Grande Cause Nationale a été obtenue de haute lutte indépendamment de l’affaire « Le Mur ».

Eric Laurent, plus posé, revient sur les conditions de la campagne : « Nous avons appelé ceux que nous connaissions, membres de la Société Psychanalytique de Paris ou de l’Association Psychanalytique de France, les sociétés qui comptent à Paris. Eux ne souhaitaient pas le faire. Bon. Mes collègues David Cohen et Pierre Delion étant psychiatres tous deux, préfèrent passer par les instances ordinales pour faire taire les accusations portées par les associations. Avec Laurent Danon-Boileau par exemple, ils ont néanmoins témoigné, via la CIPPA (Coordination Internationale entre Psychothérapeutes Psychanalystes s’occupant de personnes avec Autisme), de la façon dont ils se sont fait piéger. » Très loin de l’image non coordonnée donné par exemple par Elisabeth Roudinesco de fou furieux mettant seuls à mal la psychanalyse !

Bernard Golse maudit le film « Le Mur » dans « Le Carnet PSY » (2012/1, n° 159), qu’il qualifie d’« ignoble et malhonnête ». « A ceux qui y recourent sans vergogne, le fanatisme et le terrorisme ne peuvent que donner les mains sales, pour rester dans la même veine référentielle.» Ses propos véhéments tissent les parallèles entre les attaques de Michel Onfray et de Sophie Robert, « même si l’un est talentueux, et l’autre manipulatrice », juge-t-il. Bernard Golse part donc en croisade parce que « Leur résister par le débat, même s’il semble impossible, est une nécessité démocratique car, sinon, c’est nous qui, finalement, aurions les mains sales de notre passivité face à un ostracisme de la pensée qui est, pourtant, notre bien le plus précieux. » Manipulateur, il juge que «  « Le Mur » a valeur d’insulte à l’encontre des enfants autistes qui ont tant besoin qu’on écoute leur souffrance, et à l’encontre de tous les soignants qui consacrent tant d’énergie à leur venir en aide ».  Bien au contraire, ce film est salvateur ! Les parents du film soutiennent ce film. La parole ne suffit pas à aider l’enfant autiste. Les soignants, s’ils sont pour la grande majorité respectable, manquent souvent de formation de qualité et sont parfois entraînés dans des voies maltraitantes comme le packing. « Le Mur » est loin d’être une insulte à l’autisme en France.

Au final, on l’aura compris, rien ne va plus chez les psychanalystes et les psychiatres français. Avec la victoire en première instance contre le film « Le Mur », les psychanalystes étaient convaincus d’avoir remporté le match sur les recommandations de la HAS, surtout après avoir fait pression à tous les étages. Manque de chance, les associations et les parents sont passés par là. Voici venu de la « dé-psychanalysation » de la société française !

admin On mars - 17 - 2012

3 Responses so far.

  1. Radosevic Nathalie dit :

    Tu te rends compte Sophie, tu es une wonderwoman, c’est toi qui a fait plier la HAS par ton seul charisme ! Ne serais-tu pas sorcière par hasard ?

    Finalement, dans tout ce que les psychanalystes disent, il faut systématiquement comprendre le contraire, sinon on a du mal à comprendre.

    Je me heurtais souvent parce qu’ils me racontaient et disaient de ma fille qu’elle est débile, qu’elle n’arrivera à rien, qu’il faut la placer en institution…en faisant le décodage, il fallait comprendre que c’est le psychanalyste qui est débile, qu’il n’arrivera jamais à rien (bon il n’essaye pas non ou lorsqu’il essaye c’est dans le mauvais sens) et qu’il vaut mieux qu’il reste en institution parce que finalement…il est plutôt bien payé pour ce qu’il y fait.

    Voilà, CQFD ! Donc, si vous replacer les choses, comme il se doit…il faut lire que ce sont les psychanalystes qui sont haineux, ce sont eux qui ont un esprit sectaire et c’est eux qui ont tiré avantage de leur pouvoir au sein des institutions….vous voyez, c’est simple ! c’est du transfert, même lorsqu’ils disent que c’est le patient qui transfère sur eux leurs fantasmes…c’est, en fait, le psychanalyste qui transfère sur le patient ses propres démons, angoisses, hystéries, etc.

    Et lorsque vous voyez un psychanalyste, vous avez l’impression qu’il est heureux ? en plus, vous avez la preuve vivante que ce n’est pas l’argent qui fait le bonheur ! Sinon ils le seraient ! Une personne heureuse n’a pas besoin de casser les autres pour aller mieux…alors, victimes eux mêmes de la psychanalyse…je n’en sais rien…je pense que dans la vie on fait des choix et qu’il faut les assumer !

  2. Raymond-Gabriel THERRIEN dit :

    ATTENTION DEUXIÈME ERREUR C’est vraiment celui-ci qui est le bon. L’autre, il lui manque un mot indispensable.Cela rend le texte incompréhensible.Merci et excusez-moi.
    ………………………………………………………………..
    Très, très bons commentaires !!!

    En repensant à tout cela et en voyant les réactions des dignes représentants de la psychanalyse intégriste française,on peut affirmer que le documentaire de Sophie Robert a eu un impact dévastateur sur le dogmatisme psychanalytique.

    Le documentaire mérite maintenant le titre suivant:
    LE MUR:LA PSYCHANALYSE INTÉGRISTE A L’ÉPREUVE DU 21ième SIÈCLE!

    Il est clair maintenant que la théorie du complot va s’amplifier chez les psychanalystes intégristes, mais on voit maintenant apparaître des qui prennent la parole. Cette appellation veut dire psychanalyste contemporain. Ceux-ci prennent leur distance avec le dogmatisme des Saintes écritures psychanalytiques. Ils gardent ce qu’il y a de bon dans la psychanalyse. Ils reconnaissent aussi ses limites et ne s’enlisent plus dans des dogmes. Ils acceptent de s’évaluer et d’être évalué comme il se doit. Ils saluent les avancées de la science et même les progrès apportés par d’autres approches psychothérapeutiques ou éducatives en santé mentale. Moi, je salue ces gens-là et leur dit il est grand temps que vous enleviez le microphone aux psychanalystes intégristes. Psychodynamiciens, parlez maintenant on est prêt à vous écouter.

  3. BM dit :

    « Pour nous la folie est une maladie de la relation, à soi et aux autres. Elle n’est ni biologique, ni génétique. » (un membre du collectif des 39)

    Donc, la folie, c’est l’opération du Saint-Esprit. Je croyais que la Gauche était matéraliste ?… Dans une France plus sécularisée que la moyenne des autres pays occidentaux, où ceux qui vont à la messe font figure de phénomènes, la psychanalyse a pris la place de la religion. (Cf. Lacan, « Le Triomphe de la Religion » [sic])

    Pas étonnant de la virulence des réactions quand la psychanalyse est mise en cause, on touche à quelque chose de sacré. Heureusement, les psyk ne peuvent plus faire subir à leurs opposants le même sort qu’à Calas et au chevalier de La Barre… Mais ce n’est pas l’envie qui leur manque… La psychanalyse, une nouvelle inquisition ?

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