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Archive Collectif Le Mur – Psychanalyse à l'épreuve de l'autisme – Sophie Robert

Le Sénat a publié il y a quelques jours la transcription de l’audition de la Sénatrice Valérie Létard devant la commission des affaires sociales du Sénat du 20 février 2012. Cette audition fait suite au rapport de Valérie Létard d’évaluation du plan autisme 2008-2010 remis début janvier.

Evaluation de l’impact du plan autisme 2008-2010

Mme Annie David, présidente. – Avant d’entendre Valérie Létard, je souhaite la bienvenue à notre collègue de la commission de la culture, Françoise Laborde, qui s’intéresse de très près au sujet de l’autisme et que j’ai invitée à assister à notre réunion.

Mme Valérie Létard. – La ministre des solidarités, Roselyne Bachelot-Narquin, m’a confié, au printemps dernier, une mission d’évaluation du troisième plan autisme, près de quatre ans après le début de sa mise en oeuvre. L’objectif était d’établir un premier point d’étape sur les différentes mesures préconisées en 2008. Ont-elles répondu aux attentes des familles en souffrance dans les domaines du diagnostic précoce ou de l’accompagnement des jeunes adultes ? Le rapprochement avec le handicap a été confirmé. Dans la perspective d’un prochain plan, faudra-t-il inventer de nouveaux dispositifs ou réactiver les outils en place ?

D’abord, le constat. Les chiffres parlent d’eux-mêmes sur la nécessité de donner un coup d’accélérateur à l’accompagnement de l’autisme. En effet, 5 000 à 8 000 enfants naissent chaque année atteints d’autisme ou de troubles envahissants du développement (TED). Aucune enquête épidémiologique poussée n’a jamais été menée en raison des difficultés à établir le diagnostic. On estime néanmoins que la France compte entre 350 000 et 600 000 autistes. A minima, le taux de prévalence est d’un enfant sur cent cinquante ; une fille pour quatre garçons serait atteinte d’autisme ou de TED. Comparable par son ampleur à la maladie d’Alzheimer, l’autisme représente une charge très lourde pour les familles.

Grâce au plan 2008-2010, de réelles avancées ont eu lieu. Au niveau quantitatif, de nouveaux moyens ont été déployés : 187 millions d’euros, dont 173 affectés à la création de 4 100 places supplémentaires en établissements spécialisés. Si 1 672 places sont effectivement installées, toutes n’ont pas encore vu le jour en raison du délai entre l’obtention de l’autorisation et leur ouverture effective. Un effort particulier a aussi été porté sur l’accompagnement hors établissement, puisque 711 places de services d’éducation spéciale et de soins à domicile (Sessad) ont été autorisées en trois ans. Le plan n’en prévoyait que six cents en cinq ans. Les objectifs chiffrés ont donc été atteints. En outre, vingt-quatre structures expérimentales ont été mises en place, ce qui représente 381 places pour un coût global de 20 millions d’euros. Le montant par an et par enfant s’y élève à 50 000 euros. S’y exercent plusieurs méthodes, parmi lesquelles ABA, Teacch et Makaton, dans le but de fournir aux enfants un accompagnement spécifique. Nous sommes actuellement dans une phase d’expérimentation ; il faudra attendre plusieurs années pour dresser le bilan de ces centres.

Au niveau qualitatif, la Haute Autorité de santé (HAS) a validé, en mars 2010, le socle de connaissances partagé, qui donne pour la première fois une définition de l’autisme et des TED, en précisant les spécificités du fonctionnement d’une personne autiste et les outils de repérage, de diagnostic et de suivi de l’évolution de son état de santé. A la différence des Etats-Unis et des autres Etats européens, l’autisme était en France jusqu’alors assimilé à une psychose infantile, classée parmi les maladies mentales. La prise en charge était pilotée par la psychiatrie et la psychanalyse. La validation du socle de connaissances a constitué un point de départ pour un nouveau mode de suivi, qui utilise tous les outils disponibles pour accompagner individuellement les enfants et les adultes autistes. A la suite de mes auditions avec les différents acteurs, il m’est apparu nécessaire de nous inspirer des exemples étrangers pour cheminer vers un accompagnement individualisé, dit pluriméthode. Un autiste atteint d’un trouble sévère ne doit ainsi pas être pris en charge de la même façon qu’un enfant atteint du syndrome d’Asperger. Quand le premier devra être accueilli dans un établissement hospitalier spécialisé, le second pourra, avec l’aide d’un auxiliaire de vie scolaire (AVS), bénéficier de méthodes comportementales à l’école et dans sa famille.

Cependant, les délais restent insupportables pour les familles. Dix mois sont nécessaires pour accéder au dépistage dans un centre de ressources autisme (CRA) et un an pour obtenir une place dans une structure spécialisée. Dans le Nord-Pas-de-Calais par exemple, ce délai est porté à deux ans et cent cinquante enfants attendent d’être dépistés. L’approche des CRA est conforme à la nouvelle définition de l’autisme. Très recherchés pour leur diagnostic, ils sont engorgés et s’écartent de leur mission fondamentale d’information et de diffusion des bonnes pratiques. Enfin, le délai d’examen des plans d’aide par les commissions d’accès aux droits varie de six à dix-huit mois.

En outre, le diagnostic n’est pas encore assez précoce, ce qui se traduit par une diminution des chances de l’enfant de gagner en autonomie. En moyenne, un enfant est dépisté vers l’âge de six ans, alors que des outils existent pour un dépistage dès l’âge de trois ans.

De plus, certaines mesures n’ont pas donné le résultat escompté. L’étude de l’épidémiologie de l’autisme n’en est qu’à ses balbutiements. En février 2010, l’institut national de veille sanitaire (InVS) et l’institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ont lancé un programme d’élaboration d’un protocole d’études épidémiologiques. Mais on ne dispose pas encore d’outils épidémiologiques opérationnels. Or, le premier objectif du plan était de mieux connaître l’autisme.

La formation des professionnels est, quant à elle, encore insuffisante et le pilotage, au niveau national, de la politique de formation à l’autisme manque de cohérence.

Enfin, en raison du retard de la validation de la définition de l’autisme, d’autres mesures listées par le plan n’ont, jusqu’à présent, pas été suivies d’effet : l’évolution des métiers du médico-social, la prise en charge des adultes, l’accompagnement dans l’emploi et le logement ou l’accès aux soins somatiques.

Après l’élan du démarrage, le plan s’est progressivement essoufflé. Le comité national réunissant les représentants de la psychiatrie, du secteur médico-social, de l’éducation nationale et les associations familiales, ne se réunit plus depuis deux ans. Or, il constituait le lieu du dialogue et de l’évaluation entre les acteurs du secteur. Nous perdons du temps. Un travail supplémentaire de définition est nécessaire, notamment sur le contenu de la formation des AVS. Je vous propose de définir cinq champs de travail.

D’abord, il faut piloter, c’est-à-dire relancer une gouvernance dynamique et cohérente du plan. C’est en apaisant les différences d’approches que la nouvelle définition de l’autisme pourra servir de point de départ au suivi individualisé des enfants. Après le pilotage interministériel, le plan doit se décliner au niveau régional à travers les agences régionales de santé (ARS) et les CRA.

Deuxième axe, la connaissance. Il faut s’appuyer sur l’état des connaissances partagées pour mettre en place les prises en charge individualisées.

Il est nécessaire également de former, en se fondant sur la définition acceptée par la communauté internationale. Un groupe de travail dédié à la formation doit réunir tous les acteurs. Sans forcément déployer de nouveaux moyens, il convient d’adapter la formation continue à tous professionnels, de mieux encadrer l’agrément des formateurs et d’activer les formations en place.

Un autre champ d’action est celui de l’accompagnement dans le parcours de vie. En l’absence de diffusion des outils d’accompagnement sur le territoire national, aucun modèle national d’insertion professionnelle ni d’accès au logement adapté n’est disponible. C’est pourquoi il est important que l’autisme soit, cette année, élevé au rang de Grande cause nationale.

Enfin, le dernier axe consiste à diversifier la palette des solutions d’accueil et d’accompagnement. Les méthodes doivent être adaptées à la forme d’autisme et à l’environnement de l’individu.

En réactivant le comité national, nous serons en mesure de dépassionner le débat. En nous appuyant sur le socle de connaissances partagé, nous pourrons tourner la page des modes de prise en charge traditionnels, dans l’intérêt des personnes autistes.

Mme Annie David, présidente. – Votre rapport propose trente mesures et cinquante recommandations. Vous dites que la définition de l’autisme est fondamentale pour déterminer les modalités de prise en charge. Pouvez-vous nous préciser les dispositifs d’accompagnement des familles ?

M. Georges Labazée. – En tant que président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques, je travaille actuellement sur le schéma départemental de l’autonomie, en partenariat avec l’ARS. Il concerne à la fois les personnes âgées, autistes et handicapées et sera adopté en juin prochain. Quels moyens seront donnés aux ARS pour la mise en oeuvre de ce schéma ?

A mesure que nous l’établissons, nous constatons le manque de porteurs de projets solides et de périmètre juridique clair. A la différence du handicap et de la dépendance, la compétence des collectivités territoriales en matière d’autisme est floue. Alors que les familles souhaitent sortir des grandes structures au profit d’établissements plus humains, quels types de personnel seront reconnus et validés par les ARS ?

Enfin, des programmes de formation sur l’autisme se développent, par exemple entre les universités de Bilbao et des pays de l’Adour. Comment encourager ce type de formation universitaire ?

M. Gilbert Barbier. – Quelles sont les parts respectives de l’autisme et des TED dans les statistiques que vous nous avez exposées ? La différence est de taille puisque des TED sont diagnostiqués comme de l’autisme, qualification dont on connaît les effets culpabilisants sur les parents. Je suis étonné que le dépistage mène à un classement des enfants dans une catégorie donnée. Il devrait être évolutif.

Le conflit relatif à la mainmise de la psychiatrie, en particulier de la psychanalyse, sur l’autisme a été porté sur la place publique. La décision de la HAS de mars 2010 constitue une avancée, mais doit être suivie d’autres publications scientifiques. Quelle est votre position sur l’approche comportementale, jusqu’à présent cantonnée à un rôle subalterne ?

Il me semble que la connaissance devrait figurer avant le pilotage dans le classement de vos axes d’action. On est loin de tout savoir : les recherches génétiques n’en sont qu’au stade du balbutiement.

Mme Catherine Génisson. – En France comme ailleurs, l’autisme doit être abordé de manière empirique. La recherche est la priorité et la condition pour mettre en oeuvre une démarche épidémiologique. Je me félicite du changement de définition de l’autisme. Mais il n’appartient pas aux politiques d’entrer dans le débat médical. La recherche doit se poursuivre : comment, par exemple, expliquer la différence de prévalence entre les filles et les garçons ?

Les autistes et leur famille vivent des drames. On a insisté sur l’importance de la diversification de la formation des professionnels. Il faut également donner des clés aux parents, qui se trouvent souvent dans un état d’incompréhension et de désespérance. Une approche diversifiée et adaptée à chaque catégorie sociale est donc également nécessaire.

Sans entrer dans un débat politicien, je pense que l’autisme est réellement une grande cause nationale. Il touche 600 000 personnes, sans que les moyens suffisants soient fournis pour améliorer le dépistage précoce et le suivi individuel. Ainsi, chaque année, des AVS sont contraints de quitter leur poste, quand la permanence du lien est en l’espèce si fondamentale. Comment traduire le plan national au niveau régional, puis individuel ? Peut-être pouvons-nous nous inspirer des lieux de vie communs qui, à Arras par exemple, fournissent à la fois un suivi médico-social et médical ainsi qu’un logement adapté ?

Mme Samia Ghali. – Certains AVS travaillent douze heures par semaine : ce n’est pas suffisant. Le contingent horaire des AVS doit être augmenté et leur emploi pérennisé.

L’enfant autiste est souvent renvoyé dans sa famille avant tout dépistage ou accompagnement. On a créé 4 100 places pour 600 000 personnes, avez-vous dit : l’écart est effrayant ! En outre, les vingt-quatre structures expérimentales se situent-elles exclusivement en région parisienne ? C’est une discrimination territoriale de plus.

Enfin, alors qu’une famille aisée trouvera toujours des solutions de prise en charge de l’enfant autiste, une famille défavorisée ou monoparentale sera totalement démunie.

Mme Valérie Létard. – Il est vrai que certaines familles sont contraintes de déménager pour se rapprocher des structures adaptées.

Mme Gisèle Printz. – Comment dépiste-t-on l’autisme ? Les enseignants et les médecins sont-ils formés pour identifier un enfant autiste ?

Mme Claire-Lise Campion. – Nous devons garder vos chiffres à l’esprit. Beaucoup de familles, désespérées, sont livrées à elles-mêmes. Certaines doivent en effet déménager, j’ai en mémoire l’exemple d’un couple de fonctionnaires, dont l’un a été contraint de demander sa mutation en zone frontalière, afin que leur enfant autiste puisse bénéficier des méthodes utilisées en Belgique.

La connaissance doit constituer la priorité. Je comprends la volonté de Valérie Létard de mettre l’accent sur le pilotage, qui est fondamental pour la recherche. La validation de la nouvelle définition de l’autisme par la HAS est un progrès. Mais il est regrettable que le comité national ne se réunisse plus depuis deux ans. Ce sont autant d’années perdues pour les autistes et leurs familles ! Une volonté politique nationale forte est indispensable pour que les moyens, notamment en matière de scolarisation, soient renforcés. Il est urgent de rattraper notre retard qui, malgré le plan autisme et la Grande cause nationale, continue de se creuser.

Au sein de la commission pour l’application des lois, nous étudions actuellement l’application de loi handicap votée en 2005. A l’époque, aucun distinguo n’avait été fait entre l’autisme et le handicap. En ma qualité de corapporteure, je veillerai à ce que l’autisme entre dans le champ de notre rapport.

Mme Patricia Schillinger. – Les chiffres annoncés sont effectivement inquiétants. Les parents sont souvent poussés au nomadisme : ils passent de médecin en médecin, parfois dans des territoires désertés par les pédiatres. Les charges peuvent s’élever à 3 000 euros par mois pour certaines familles, qui doivent chercher des financements par elles-mêmes. Nous devons leur donner des réponses sans attendre, en nous inspirant du modèle allemand par exemple.

M. René-Paul Savary. – N’oublions pas le rôle du conseil général : il assure souvent l’hébergement des personnes autistes via la prestation de compensation du handicap (PCH). Les plans de compensation du handicap vont jusqu’à 10 000 euros par personne et par mois, car les personnes autistes peuvent être polyhandicapés. Il est temps de reconnaître l’engagement du conseil général dans ce domaine.

Mme Catherine Génisson. – Il faut clarifier ce qui relève du conseil général, de la Grande cause nationale et des ARS. Ces dernières doivent davantage s’approprier cette mission.

Mme Michelle Meunier. – Certains mots ont un tel poids qu’il faut se garder de les extraire de leur contexte. C’est le cas de l’autisme. Il est pertinent d’appréhender chaque personne autiste en fonction de sa place au sein de la famille, de l’école et de la cité. Je suis également favorable à la démarche pluriméthode. Comme Gilbert Barbier, je pense qu’il est temps de mettre un terme aux trente ans de guerre qui oppose les comportementalistes aux psychanalystes. Mais comment appliquer de manière pragmatique cette décision politique ?

Deux pistes doivent être explorées : la sensibilisation des professionnels de la petite enfance au dépistage de l’autisme et la mise en place d’une véritable guidance parentale grâce au renforcement de l’information.

M. Yves Daudigny, rapporteur général. – Comme les autres présidents de conseil général, je m’interroge sur le financement du plan autisme. La contribution de la caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) sera-t-elle déduite des crédits globaux de la PCH et de l’aide personnalisée à l’autonomie (APA) ?

Par ailleurs, la querelle entre les partisans de la psychanalyse et ceux des théories comportementales se poursuit-elle ? Le député Daniel Fasquelle a déposé, le mois dernier, une proposition de loi visant à mettre fin aux pratiques psychanalytiques dans l’accompagnement des personnes autistes. Qu’en pensez-vous ?

Enfin, comment soutenir les familles ? Dans l’Aisne, j’ai l’exemple d’un enfant autiste pris en charge par ses grands-parents, parce qu’il n’existe aucun centre spécialisé dans le département. Comment résoudre les difficultés juridiques et financières des familles ?

M. Jacky Le Menn. – Des structures spécifiques sont-elles dédiées aux personnes âgées autistes ? Des places leur sont-elles réservées dans les établissements d’hébergement pour les personnes âgées dépendantes (Ephad) ? Quelles sont les parts prises en charge respectivement par le plan gérontologie et par le plan autisme dans le département ?

Mme Françoise Laborde. – Beaucoup d’AVS ne sont pas suffisamment formés et sont susceptibles d’être remplacés au bout de deux ans d’exercice, à tout moment de l’année scolaire. Il est indispensable de progresser sur cette question.

Je constate aussi qu’une véritable inégalité territoriale sévit dans la prise en charge de l’autisme. Il semble préférable pour une famille d’habiter non loin de la Belgique ! Le degré d’implication de l’ARS compte également, en particulier pour l’encadrement des appels à projet.

Par ailleurs, je suis étonnée que les professionnels continuent d’être formés à la méthode du packing. Un cadrage politique de cette pratique, qui relève de la maltraitance, s’impose.

Enfin, la nouvelle définition de l’autisme déculpabilise les parents. Merci de dire haut et fort que les mères ne sont pas responsables !

M. Claude Jeannerot. – Je diffuserai votre rapport, Madame Létard, dans le Doubs, où le dialogue entre les élus, les familles et les associations est permanent. En tant que président de conseil général, je ne ferai pas un plaidoyer en faveur de l’institution, mais il est vrai que le rôle du conseil général est cité trop tard dans le rapport. C’est bien à lui que les associations et les parents font appel. La responsabilité départementale doit être clarifiée et reconnue.

Je m’interroge également sur le choix de la méthode que vous avez adoptée. Vous avez privilégié, semble-t-il, l’étude des grandes régions urbanisées. J’ai l’intuition que les difficultés n’y sont pas les mêmes que dans les territoires ruraux…

Mme Annie David, présidente. – Quels enseignements tirez-vous des expériences belge et néerlandaise ? Sous quel délai pourrons-nous espérer être performants dans la prise en charge de l’autisme ?

Mme Valérie Létard. – Grâce à la Grande cause nationale, la société et les médias vont être mobilisés. Il faut avant tout expliquer au plus grand nombre ce qu’est l’autisme pour que les regards changent. A chaque niveau de la société et du territoire, tous les acteurs doivent faire évoluer l’image caricaturale et réductrice qui en est véhiculée.

Concernant les appels à projet, des structures associatives organisent des réseaux d’accompagnement des projets de qualité. En développant un maillage territorial, elles constituent une réponse aux difficultés de gestion connues par les porteurs de projet, en particulier dans les zones rurales.

Le nombre de places créées – 4 200 – peut paraître dérisoire, mais c’est un premier pas. Il est possible d’aller tellement plus loin ! Par exemple, dans les instituts médico-éducatifs (IME) généralistes, une dizaine de places pourrait être dédiée aux autistes, selon une accréditation et un budget définis par l’ARS. Sans se substituer aux places en établissement spécialisé, ce contingent pourrait être une solution complémentaire, parmi un panel de modes de prise en charge. En outre, grâce à des transferts de moyens du sanitaire vers le médicosocial, nous pourrions converger vers une prise en charge plus équilibrée. Cette fongibilité asymétrique dégagerait des marges de manoeuvre.

S’agissant des AVS, il est certain que l’enfant autiste a besoin d’un fil rouge entre le domicile et l’école. Mais la mise en place d’un AVS unique implique une formation plus étendue que les soixante heures dispensées actuellement et un contrat de plus longue durée. Peut-être faut-il envisager qu’une association reconnue, jouant le rôle de référent régional, emploie et forme les AVS ? Ces derniers ont indéniablement un rôle majeur à jouer dans la continuité territoriale et temporelle de l’accompagnement.

Evidemment, le conseil général a beaucoup contribué, en association avec les ARS, à la prise en charge, notamment financière, de l’autisme. Mais le plan handicap départemental n’est pas toujours adapté. Des problèmes de compensation demeurent.

Dans le domaine du diagnostic, mieux les professionnels de première intervention – médecins généralistes, orthophonistes – et les enseignants seront formés, plus le dépistage sera précoce. Une fois le diagnostic posé, l’accompagnement des familles doit débuter. Il ne s’agit pas de stigmatiser les enfants mais de leur fournir, le plus rapidement possible, un suivi médical adapté. Un maillage territorial resserré réduira les délais de diagnostic et le nomadisme des parents.

La connaissance était la première mesure du plan autisme. Mais elle dépend directement du pilotage : la recherche ne progressera que si tous les acteurs peuvent dialoguer au sein du comité national. En 2012, l’autisme est une Grande cause nationale. C’est l’année ou jamais d’agir pour lutter contre la souffrance des personnes concernées et les inégalités territoriales.

La proposition de loi de Daniel Fasquelle tend à supprimer le remboursement des soins psychanalytiques dans la prise en charge de l’autisme. Je pense que la définition validée par la HAS doit avant tout se traduire par la mise en place de bonnes pratiques d’accompagnement et de formation. Historiquement, tout a été organisé autour du sanitaire : il faut du temps pour que la prise en charge évolue.

Enfin, le packing ne peut désormais plus être utilisé sans lien avec une structure hospitalière et un suivi médical, sous peine de poursuites pour maltraitance. Les familles et les associations rejettent cette méthode. A partir de l’évaluation du professeur Delion à Lille, des décisions devront être prises avec sang-froid. Il faut faire cesser cette guerre et tourner la page.

Mme Annie David, présidente. – Il est en effet temps que cesse le conflit sur un sujet si important. Nous resterons vigilants sur les suites de votre rapport et les moyens à apporter pour rattraper notre retard en matière de prise en charge de l’autisme.

Je vous indique, pour finir, que j’ai sollicité la cellule de l’initiative parlementaire du Sénat, pour qu’elle nous fasse des propositions juridiques précises destinées à faire sortir les AVS de la précarité.

Lire l’audition de Valérie Létard sur le site du Sénat

admin On mars - 26 - 2012

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